TROISIÈME PARTIE
la commune lyonnaise. Le lieutenant se soumit à cet appel, et lit publier à son de trompe des assises prochaines dans le bourg de File Barbe. Une foule innombrable accourut de toute part, au jour indiqué, pour assister à cette cérémonie d'émancipation. Le même fonctionnaire du bailli, assisté de deux notaires royaux, monta sur son tribunal, et là fit citer les conseillers de la ville; ceux-ci, accompagnés de quinze bourgeois, prièrent le viguier de vouloir procéder à la. vérification de leurs privilèges. Lecture en fut faite. Le viguier s'adressa ensuite au substitut du procureur du roi, et lui demanda s'il consentait à l'enregistrement de ces lettres. Le substitut lui répondit cpie le roi ayant ordonné que les privilèges des habitans de sa bonne ville de Lyon fussent imiolablemcnt observés, il ne voyait aucun obstacle à leur enregistrement; le procureur général de l'archevêque, cité par le sénéchal, en dit autant; la foule s'écria aussi qu'il n'y avait rien en tout cela qui ne fut bon et juste. Alors le viguier commanda aux deux notaires royaux d'en dresser acte, et de faire un registre authentique de toutes les immunités de la commune de Lyon.'
Les Lyonnais eurent bientôt occasion de s'apercevoir que les peines qu'ils s'étaient données pour consolider leur gouvernement municipal, ne pouvaient avoir que des résultats favorables : la ville de Lyon offrit peut-être seule un aspect florissant, un étal de tranquillité parfaite au mi-
lieu des affreux désordres qui bouleversèrent la France durant le quatorzième et le quinzième siècle. On était à l'époque des guerres désastreuses que les folles prétentions du prince Edouard , roi d'Angleterre , à la couronne de France , avaient suscitées. Les Flamands révoltés et l'armée anglaise envahissant sur plusieurs points les fiefs de la couronne , mirent Philippe de Valois dans un grand embarras. Pour s'opposer aux entreprises de ses ennemis, il convoqua l'arrière-ban de son royaume, et ordonna à tous ses sujets de dix-huit ans jusqu'à soixante et capables de porter les armes , de se rendre à Rouen à pied ou à cheval '. Le bailli de Mâcon avait reçu cet ordre comme tous les autres baillis et sénéchaux du royaume; il le publia à son de trompe dans la ville de Lyon. Les magistrats municipaux, qui n'avaient point encore supporté de pareilles impositions d'hommes, prirent en main la cause et les intérêts de leurs administrés : selon eux, Lyon , ville frontière du royaume , avait besoin de ses habitans pour la défendre si elle était attaquée. Le roi se tint pour content et satisfait5.
Celte condescendance de Philippe pour les bourgeois produisit un effet merveilleux sur l'esprit du clergé. On vit les prêtres flatter les citoyens. Henri de Yillars n était alors archevêque;
• \nnéos I3i0, I3II et 1312.
- Heneslrier, Histoire consulaire.