‹ Histoire de LyonChapitre 18 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ce gouvernement féodal et théocratique est pour nous un spectacle intéressant à observer: \oyons comment les hommes chargés des intérêts du ciel s'occupaient de ceux de la terre. Quand nous aurons réfléchi sur leurs privilèges formidables, nous concevrons plus aisément les révolutions qui agitèrent la cité malgré le caractère pacifique des Lyonnais. .

Après avoir usurpé les droits du prince, l'archevêque et le chapitre réunirent donc dans leurs personnes les pouvoirs spirituels, politiques, civils, administratifs, judiciaires et militaires. 11 leur fut facile d'agir en hommes puissans qui n'étaient retenus par aucune responsabilité : ils imposèrent toute sorte de lois arbitraires, honteuses, immorales, insupportables, à des hommes libres, a de laborieux commerçais, à des citovens honnêtes que les servitudes ou exigences capricieuses de la tyrannie féodale, au milieu des campagnes, avaient ramenés dans la ville. Quel bonheur pouvait - on attendre de souverains mitres qui se croyaient supérieurs aux autres hommes , et s'étaient constitués juges dans leur propre cause? N avaient-ils pas le privilège terrible de pouvoir traîner devant le tribunal du chapitre tous les citoyens qui blessaient l'orgueil ou l'amour-propre

cati , casati , castaldi , gasindit gardiatorcs , etc. Ils avaient pour ces droits de garde , non seulement des fiefs , mais encore des droits de gîte, de passage, el même dea dîmes inféodées. » Memestkier, Histoire ton salaire.

des chanoines, prêtres, prébendiers, bénéficiers, clercs, et des autres employés au service de l'église'? L'union des deux puissances spirituelle et temporelle ne donnait-elle pas aux ecclésiastiques qui en jouissaient, une autorité suprême qui les mettait au dessus de tous les autres souverains, puisque par l'une ils effrayaient le peuple superstitieux avec les supplices d'un autre monde, et que par l'autre ils disposaient de ses biens dans celui-ci. On comprend qu'un empereur de notre siècle, connu par son despotisme, ait voulu placer sur sa tête la tiare des pontifes et la couronne de Charlemagne.

Pour donner plus d'éclat à cette double autorité, les ecclésiastiques lyonnais du moyen âge disaient avec adresse que c'étaient les deux glaives que le Fils de Dieu avait confié à saint Pierre. Le père Menestrier leur répond avec raison : « Qu'ils « ne considéraient pas que le Fils de Dieu avait « réprimandé son disciple Pierre , parce qu'il s'é- (f tait servi mal à propos de l'un de ces glaives ; « qu'il avait aussitôt réparé par un miracle la « blessure que l'apôtre trop vif venait de faire « au domestique du pontife, et lui avait défendu « de se servir désormais de l'épée sous peine de « mourir par l'épée3. »

1 Bfeoestrier, Histoire, consulaire.

* Histoire consulaire. — Voyez dans le Bullanum Lug. , manuscrits de la Bibliothèque de Lyon , n° 1262, la bulle du pape Nicolas qui accorde à l'église la justice du glaive.

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