TROISIÈME PARTIE. 4d
Fort heureusement pour les libertés des citoyens, il existait dans le gouvernement théocratique de Lyon un principe de discorde. Outre les magistrats et officiers publics, on nommait ordinairement des fonctionnaires particuliers. Les prélats de notre cité , vivant en princes comme les archevêques de Cologne , de Mayence et de Liège, avaient comme eux des écuyers, des maréchaux, un chambellan et un maître d'hôtel. Ces domestiques d'archevêque ne s'accordaient pas toujours avec les domestiques des chanoines. L'aristocratie du cloître, que nous désignerons très souvent sous le nom de chapitre, avait les mêmes prétentions que les prélats; elle choisissait des serviteurs pour les usages ordinaires de la vie, et même pour célébrer la messe à la place de chacun des membres1 ; elle nommait aussi un capitaine qui fermait les portes du cloître pendant la nuit, et plusieurs autres officiers subalternes tant pour la partie du temporel que les chanoines avaient acquise des comtes de Forez et s'étaient partagée en cessant de vivre en communauté, que pour la souveraineté sur la ville de Lyon. On donnait à la première de ces juridictions le nom d'obéance de la comté , et à l'autre le nom de justice du cloître, indépendante de l'autorité des archevêques ; le chamarier exerçait quelquefois
' Abbé Sudan, Matériaux déposés dans les Archives municipales pour une histoire de l'église de Saint-Jean.
l'une el l'autre. Enfin l'archevêque et les chanoines avaient un tribunal différent et des prisons particulières; ils voulaient posséder une influence égale dans les affaires du gouvernement: de là un conflit de juridiction , une source continuelle de guerres, la nécessité d'une intervention plus ou moins directe des papes et des rois de France, la discorde entre les maîtres, chose d'abord funeste, mais ensuite très utile aux peuples opprimés.
Cependant il faut l'avouer, l'ensemble des institutions théocratiques du chapitre souverain de notre cité montre d'une manière évidente que le clergé lyonnais et ses principaux chefs avaient échappé à l'ignorance générale qui venait de couvrir l'occident de ses épaisses ténèbres. Il avait conservé plus que tout autre les traditions romaines, ce que nous remarquerons dans les dénominations mêmes des chefs de la commune. Sa grande proximité de l'Italie lui avait fait connaître une copie des Pandectes presque au moment de leur découverte : de là une chaire de droit romain1 dans l'école des chantres de la cathédrale, et la nomination solennelle des docteurs es droits; de là aussi l'habitude précoce des juges ecclésiastiques de Lyon dans le moyen âge, de se régler sur des lois écrites, tandis que les seigneurs des
» Presque à la mette époque où le Digeste, les Pandectes . lei Institut es ci les Novelles étaienl publiquement enseignés à Boulogne.