TROISIÈME PARTIE
autorité, momentanément souveraine, pour récompenser la valeur du comte de Poitou , son frère, échappé comme lui à la déroute de l'armée française , en lui faisant don du comté de Màcon, avec le titre et la qualité de pair. Le comte de Poitou, après cette donation solennelle, prétendit jouir de tous les droits attachés à son nouvel apanage : se rappelant que Philippe de Valois, son aïeul, avait joint à l'office de bailli de Màcon celui de sénéchal de Lyon et de gardiateur des citoyens, il voulut aussi que le droit de garde lui appartint comme une dépendance de sa pairie. Mais les bourgeois qui avaient refusé des soldats au souverain, ne pouvaient subir le joug d'un simple vassal. Ils protestèrent contre toute tentative d'usurpation , et soutinrent que d'après plusieurs traités la cité lyonnaise ne devait, dans aucun cas, être séparée de la couronne. Le régent déclara de son coté qu'en donnant le comté de Màeon à son frère, il n'avait jamais songé à lui faire présent en même temps de la supériorité , du ressort et de la garde de Lyon , ni voulu porter la moindre atteinte aux libertés et franchises concédées à cette ville par les rois ses prédécesseurs '.
Dans l'année qui suivit celle où eurent lieu ces débats, le courage et la fidélité des Lyonnais, fortement unis aux Dauphinois, mirent toutes
1 Déclaration <!<-• Melon , du mois de décembre l&VJ.
nos contrées orientales à couvert des insultes de l'armée anglaise et des excursions de Philippe de Navarre. 11 s'était jeté , avec ses alliés , dans la Normandie, le Poitou, l'Auvergne et le Berri : c'était pitié que de voir leurs épouvantables ravages1 ; fort heureusement ils ne purent pénétrer jusqu'à Lyon. La paix se fit cependant-, mais une paix honteuse qui donnait seulement le loisir de contempler toute sorte d'horreurs, et qui devait rendre mortellement ennemies les deux nations rivales. Il fallut envoyer des otages en Angleterre pour la délivrance du roi et pour l'accomplissement du traité. Quarante princes ou seigneurs français furent choisis. Les registres de l'Hôtelde-Ville nous apprennent qu'il y eut un mandement du roi Jean aux habitons de Lyon, d'envoyer deux otages à Calais , tant leur bourgeoisie était respectable. Il y eut peu de bonnes villes désignées pour les otages3. Les consuls de Lyon
1 « Ainsi tournoyant tout le pays cherainoit le roi d'Angleterre et ses « gens qui détruisoient tout devant eu\ ; et d'autre part , les garnisons « qui se tenoient et faisoient guerre pour lui en Beauvoisis , en Picar- « die , en France, en Brie, en Champagne, guerroyoient et gàtoient « tout le pays. D'autre côté le roi de Navarre qui se tenoit en la marche « de Normandie faisoit aussi moult forte guerre. Ainsi était guerroyé le « noble royaume de France de toutes parts que on ne savoit auquel en- « tendre.» Froissart, Chroniques, année 1360.
* Année 1360, pait ou traité de Brctigny près de Chartres.
5 « Aussi de la bonne cilé de Paris , de Toulouse , de Rouen , de « Reims, de Bourges en Berri , d;' Tours en Touraine , de Lyon sur « le Rosne , etc. , si passèrent finalement tous la mer, et s'en vinrent « aménager en la bonne cité de Londres. » Froissant, loc. cit.