TROISIEME PARTIE. Vi
campagnes environnantes prononçaient sur toutes
les causes d'une manière arbitraire, et suivant leurs caprices. Le droit canonique, avant que le droit romain lût en vigueur dans nos contrées, avait des règles et des principes qui se trouvaient plus en harmonie avec les lois de l'équité, que les actes \iolens du système féodal. «L'esprit de jurispru- « dence ecclésiastique, dit un historien célèbre', « était entièrement opposé à la loi du plus fort, « aux mœurs sanguinaires des barons pillards, « et à leurs coutumes destructives de toute jusce tice. » jNous en avons cité des exemples en exposant la réforme du code bourguignon par Agobard.
Ainsi , dans le tableau du gouvernement des archevêques, il faut faire la part des préjugés du treizième siècle , des passions des hommes et de la conduite scandaleuse des officiers subalternes. L'intelligence humaine ne brise pas d'un seul coup ses entraves. Après tant de siècles d'anarchie, à une époque où il était si difficile de s'instruire, les regards doivent se reposer avec plaisir sur la moindre lueur de civilisation. « On était « alors obligé d'écrire tous les livres sur du parce chemin, et comme le parchemin était d'un très ce grand prix, les livres devinrent très rares et ce très chers. On peut juger par une seule circon-
ee stance de la difficulté de trouver des matériaux
' Robortson , Introduction à Vhistoire de Charles v. — Preuves.
« pour écrire : il reste encore plusieurs manu- « scrits du huitième, du neuvième siècle et des « suivans, écrits sur du parchemin, d'où l'on avait « fait disparaître l'ancienne écriture pour en sub- « stituer une nouvelle. Il est probable que c'est « de cette manière que plusieurs ouvrages des « anciens se sont perdus : on raturait un livre « de Tite-Live ou de Tacite pour le remplacer par « la légende d'un saint ou par les prières d'un « missel '. »
Pendant ces siècles d'ignorance, les archevêques et le chapitre de Lyon adoptèrent d'abord dans toute leur rigueur les principes de la loi féodale ; mais bientôt après ils glissèrent dans l'esprit du gouvernement plusieurs modifications émanées des lois canoniques et romaines. Leur juridiction , considérée d'une manière générale , s'appelait baronnie , tant sur les terres de l'empire que du côté des grands fiefs de la couronne de France. Comme la justice 7 sous le régime
1 Robertson, Preuves de son Introduct. à l'histoire de Charles v. — Muratori , Antiq . ital. vin. — Ginguené , Histoire littéraire d'Italie , loin, i , chap. '2. — Mabillon , De re diplomaticd. — Cependant on inventa clans le onzième siècle l'art de faire le papier ; mais les découvertes à cette époque se répandaient très lentement. Ce ne fut bien que dans le quatorzième siècle que le papier devint d'un usage presque gé- « néral. L'invention de l'art de faire le papier, dit Robertson, et celle de « l'imprimerie , sont deux événemens importans dans l'histoire litté- «< raire. On doit remarquer que le premier précéda la renaissance des « lettres et les premiers pas de la philosophie vers le commencement du « douzième siècle , et que l'autre amena le grand jour qui se répandit « sur toute l'Europe à l'époque de la réformation. »