TROISIÈME PARTIE
pour toute nourriture. Il fallut se soumettre; mais pour ne point rendre sa soumission trop honteuse, on permit à sa fureur de s'exercer tout à son aise sur la portion du clergé qui avait méprisé Tin tei dit. Les chanoines de la Platière demandèrent publiquement l'absolution, dans la cathédrale, de l'excommunication qu'ils avaient encourue.
Le prélat mourut trois ans après1, et fut remplacé par Jean de Talaru , qui hérita aussi de sa fierté et de son insubordination , avec un génie plus rusé pour parvenir à ses fins. Cependant le roi de France profita des années de tranquillité que les chanoines laissèrent à ses officiers, pour consolider son gouvernement dans la cité lyonnaise2. Il établit de nouveau, dans l'hôtel de Roanne, ses officiers de justice; il s'appliqua à régler la police; il écrivit au sénéchal qu'il était averti que l'on vendait des épiceries et des drogueries à divers poids, les uns ne donnant que douze onces pour la livre, et d'autres seize, ce qui était d'un préjudice notable dans le commerce. Il régla aussi tout ce qui concernait les graisses, les suifs, la viande de boucherie que l'on soufflait d'une manière excessive, la cirerie surtout, dont le trafic était alors très considérable dans nos contrées. Il fit de même des ordon-
- Le 5 juillet \~>l2.
« /Innées 1377 et 1378.
nances sur les corps clc métiers, qui se multipliaient à l'infini dans la ville de Lyon; sur Là vente du bois à brûler, dont il dressa le tarif avec beaucoup de soin, tant pour les gros bois de rivière que pour les fagots. Par une lettre patente, il voulut que les monnaies étrangères fussent reçues à Lyon, à cause du concours de tant de nations commerçantes. Enfin , la dernière année de son règne1, il abolit tous les impots de la cité.
Un attachement si vif du souverain pour les Lyonnais fut payé de retour; son fils et son successeur, Charles vi, put s'en apercevoir lorsqu'il vint à Lyon peu de temps après \ Sa réception a fait époque dans notre histoire.
Ce fut par la porte de Vaise, sur le bord de la Saône , que le roi fit son entrée solennelle. L'espace qui se trouve entre cette porte et celle de Bourg-Neuf avait été pavé récemment. Toute la route, jusqu'au cloître Saint-Jean, où le prince devait loger dans le palais archiépiscopal , ne formait qu'une allée de bosquets , à cause des nombreux jardins qui couvraient la montagne depuis le rocher de Pierre-Scise jusqu'à Saint-George. Les rues n'étaient pas seulement tapissées , mais encore entièrement couvertes de toiles qui en composaient le ciel. Au dessus de la porte de Bourg-
1 Le 5 septembre I3Ô0.
a Le Ii octobre 1389.