TROISIÈME PARTIE. il I
il n'était pas entré depuis huit mois, jusqu'au
palais de Roanne. Alors les cris des personnes ecclésiastiques redoublèrent : « Allons, brisons « l'enfer, tout est gagné. » En vain les officiers du palais félicitent Talaru sur son heureux retour : le prélat quitte sa croix dans le parquet, entre dans la chambre du conseil, repousse les représentations du procureur Bouillac , qui le supplie de différer l'exécution de l'arrêt. « Si « Ton voulait ouïr ce babillard, s'écrie l'arche- « vèque dans sa colère , on parlerait jusqu'à « l'heure de vêpres. — C'est un fat , répliqua « l'exécuteur Givry, ne faisons pas attention à « ses psaumes. » Au même instant le même Givry destitua les officiers , le procureur , le notaire royal; puis sortant de la chambre du conseil, il rmta l'arrêt en présence d'une grande multitude de peuple.
Non content de ces choses, persévérant dans son dessein , il voulut faire abattre et démolir le siège judicial qui était dans le palais de Roanne, appelant de tous côtés des charpentiers pour cela. Le procureur royal dit encore un mot sur cette entreprise; Givry lui ordonna de se taire, et détacha lui-même une pièce de bois du siège judicial avec un couteau. Cela fait, il enleva le tableau des ordonnances, le calendrier et autres choses qui avaient servi à la justice du roi. Le greffier de la geôle était absent; Givry voulut que sa femme mit les prisonniers hors de prison pour
les envoyer à Mâcon. A ce dernier spectacle, les habit ans de Lyon se retirèrent le cœur navré de douleur; plusieurs versaient des larmes. Le lendemain après dîné , les charpentiers et les maçons renversèrent tout, même le cercle de fer qui servait à mesurer les éclialas des vignes , et qui était attaché à la muraille. Comme l'on refusait encore de livrer les clés des prisons à Givry, il fit lever les serrures par un serrurier, et envoya lui-même deux prisonniers à Mâcon avec les chaînes et les fers des criminels. Pendant ce temps-là, les gens d'église ne perdaient pas leur temps : un nommé Cartula montait un âne à reculons, traînait par la ville un pennonceau où étaient peintes des fleurs-de-lis attaché à la queue de l'âne, et criait : « Nous n'avons plus de roi, « tout est gagné. » Quelques autres jetèrent ne la boue contre l'écusson des armes de France.
L'archevêque de Lyon jouit de son triomphe pendant quelque temps1, et même il ne vit pas1 l'exécution de l'arrêt3 qui rétablissait les juges
1 Quelques historiens placent l'événement que nous venons de raconter à peu près sous l'épiscopat de Charles d'Alençon , en 1374 ou 17)76 ; sous le rapport de la peinture des mœurs et de l'esprit du clergé à celte époque , quelques années de plus ou de moins importent peu. « Enfin , le cinquième jour du mois d'octobre 1394 , le roi lit juger le « procès pendant au parlement depuis dix-huit années , sur les vio- « lences de l'archevêque qui avait chassé de l'hôtel de Koanne les offi" « ciers royaux.. » Menkstiuek , Histoire consulaire.
* Jean n de Talaru mourut dans le courant de l'année I3')2.
5 L'exécution de l'arrêt eut lieu de l'année 1394 à l'année lô'Jo.
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royaux dans l'exercice de leurs fonctions au palais de Roanne, et qui y reprirent leurs séances sous son successeur1, qui parait s'être soumis paisiblement et sans opposition à ce rétablissement :.
Le roi de France, par des lettres patentes de la même époque données en son parlement , ordonna au juge du ressort de la ville de Lyon de continuer l'exercice de sa charge, nonobstant les ordonnances contraires du bailli de Mâcon. Il blâma ce dernier du préjudice qu'il faisait à son droit de supériorité et de ressort , en évoquant par devers lui à Mâcon les appellations qui devaient être jugées et terminées. Ces lettres patentes présentaient avec beaucoup de détail les chefs principaux sur lesquels le juge du ressort avait droit d'exercer sa juridiction dans le siège de Lyon ; il avait pouvoir d'informer sur tout ce qui concernait le droit de garde des citoyens , et les infractions de ce droit. Les contrats des juifs et les abus de ces contrats , ceux des sergens royaux et des officiers de la sénéchaussée, dans l'exercice de leurs fonctions , étaient aussi de sa compétence. Il en était de même des défauts de justice, du port des armes, des vols, de la fausse monnaie, des usures, des biens de ceux qui mouraient sans tester, des obligations passées sous le
1 Philippe 11 de Thurcs .
1 Poulliu de Lumioa , Historié de l'église île Lyon , liv. v.
scel royal, et les soumissions faites à la sénéehaussée. L'office du bailli ou sénéchal, et en son absence du lieutenant et vice-gérant royal, était aussi, d'après les mêmes lettres patentes, de conserver intacts les bourgeois de Lyon et leur fortune, ainsi que les babitans des lieux circonvoisins, et de veiller surtout à ce qu'ils ne fussent opprimés ni par l'archevêque, ni par le doyen, ni par le chapitre de l'église de Saint - Jean , ou par d'autres ecclésiastiques , gentilshommes et barons, soit par eux, soit par leurs officiers; dans le cas où la moindre tyrannie voudrait s'établir, le sénéchal devait porter remède
au même instant. Comme la fête des Merveilles,
que les prélats s'étaient réservée, causait beaucoup de tumulte, des orgies scandaleuses, des crimes même , il fut décidé qu'elle serait abolie sans qu'on pût jamais la rétablir1.
Par d'autres lettres données aussi dans le parlement, le roi ordonna au juge du ressort et à son lieutenant de se maintenir dans le droit de recevoir les appels des prisonniers détenus dans les cachots de l'archevêque et du chapitre, de demander que ces prisonniers appelans fussent remis entre leurs mains pour les traduire dans les prisons royales, et, en cas de refus de la part du clergé, de les enlever à main armée. Il blâmait en même temps ses officiers de ce (pie, pour favo-
1 La fête des Merveilles fut supprimée en 1402.