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riser l'archevêque ou par crainle de lui déplaire, ils laissaient perdre des droits royaux aussi précieux. Depuis, rien ne fut négligé pour maintenir intactes les prérogatives de la royauté. Tous les ans, le jour de l'Ascension, les sergens du roi, les gardes et le maître des ports allaient par eau à nie Barbe, au bruit des tambours#et enseignes déployées , poser l'écusson et les armoiries royales dans la Saône , comme pour en prendre possession ; ils en étaient en même temps l'écusson du prince de Savoie, que les officiers avaient placé la veille au même endroit. Tout ceci se faisait avec un grand appareil : les bateaux étaient richement pavoises, et souvent une agréable musique faisait retentir les éelios d'alentour. Le roi de la basoche succéda, avec ses folies, à cette cérémonie féodale ; nos fêtes de l'île Barbe ont ensuite remplacé le roi de la basoche1.
Telles furent les précautions que prirent les rois de France pour consolider leur souveraineté dans la cité lyonnaise. Les archevêques ne pouvant plus lutter contre une puissance aussi formidable, firent tomber de temps en temps leur colère sur les citoyens : c'était une ancienne habitude qu'ils ne pouvaient quitter tout-à-coup. Par exemple, vers les premières années du quinzième siècle, toujours sous le règne de Charles vi , la
1 V<<yez à la fin de notre ouvrage les mœurs des Lyonnais dans les temps modernes.
ville eut un procès au sujet de ses armoiries sculptées sur ses portes et en divers autres lieux publics. L'archevêque àmédée de Talaru , qui avait d'anciens motifs de ressentiment contre les échevins et les bourgeois, résolut de les priver de cette marque de la noblesse et de la franchise de la cité; il prétendit que les archevêques ses prédécesseurs ayant eu le pouvoir de leur donner ces armes , il avait nécessairement celui de les leur ôter '. « Et de faict, il fit enlever un este cusson des armoiries de la ville , gravé en « pierre, que les eschevins avoient faict poser sur « la porte de Sainct-Marcel , au pied de la coste « de Sainct-Sébastien , disant arrogamment qu'il « ne leur appartenoit pas d'avoir armoiries- Mais « les eschevins qui ne le redoutoient pas beauce coup, parce qu'ils se senloient supportés par « le roy et par monsieur le Dauphin, pour la « ferme loyauté qu'ils leur avoient tousjours con- « servée parmy les troubles de la France, luy « respondirent hardiment que leurs armoiries « estoient plus anciennes que les archevesques , « et qu'ils les avoient portées en leurs bannières « et enseignes du temps des Romains, et avant « qu'il y eust aucun archevesque a Lyon. Et cece pendant se pourveurent au roy et obtindrent ce lettres de Sa Majesté par lesquelles esloit defcc fendu de rien attenter contre leurs armoiries,
f Archives du Rhône.
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ti commandé de redresser celles qui avoienl
i. abattues ; et parce (jue maistre -Iran Le \ isic lieutenant du baillif de Màcon , qui portail la cause de l'archevêque, fit refus d'exécuter leurs lettres, ils se portèrent pour appelansde luv du desny de justice, et relevèrent leur appel en la cour de parlement qui lors se tenoit à Poitiers, parce que Pari> estoit occupé par les \ u^lois. Par arrest de laquelle tout fut réparé. et les lettres du roy mises à deùe exécution1.» 1 .»■ fut là en quelque sorte le dernier symptôme de Nie de la domination expirante des prélats. sur les débris du pouvoir tliéoeratique s'élevèrent pleins de sève et de vigueur le gouvernement consulaire et l'autorité repaie sagement conibinés. Ils formèrent l'un et l'autre deux principes générateurs, source féconde de puissance et de prospéi îtéj qui se communiquaient mutuellement l'existence. L'autorité royale était encore éloignée de cette époque fatale pour elle, où, rompant l'équilibre, elle se plaça dans la même situation que les despotes ecclésiastiques, et rendit une solution nécessaire. Nous avons donné un léger aperçu du gouvernement municipal; il est utile d'esquisser aussi très rapidement les institutions royales dans la cité, puis nous raconterons les événemens qui eurent lieu bous leur influence réciproque,
- Rnbys, Histoire véritable , <-i Paradin . Mémoires.
Les rois de France ayant hérité jusqu'à un certain point du pouvoir des prélats dans Lyon, choisirent le quartier des chanoines pour le siège de leur gouvernement. Ils y avaient une assez belle propriété, le palais de Roanne. Ce séjour fut dès lors préféré à tous les autres pour les élablissemens royaux, et il convenait d'au tant mieux , que cette portion de la cilé , située sur le penchant d'une colline , dans une position agréable et saine, sans vastes débouchés, sans communications larges et faciles, sans emplacemens immenses pour les marchés publics, avait de tout temps été consacrée par la nature et par les hommes aux institutions qui demandent un profond recueillement, telles que la justice et la religion. 11 était impossible de mieux associer deux choses aussi inséparables. L'exemple de Paris, où la cathédrale et le palais de justice étaient réunis, avaient sans doute beaucoup contribué à les réunir aussi à Lyon. Le grand talent des administrateurs consiste à choisir, pour les divers établissemens de la cité , les localités véritablement propices : le centre des populations pour le gouvernement municipal; les coteaux purs et élevés pour le travail producteur de l'industrie ; les quartiers paisibles pour la jurisprudence , les sciences et la littérature ; les confluens de rivières pour le commerce ; les plaines étendues , fertiles, arrosées par un ou plusieurs bras de fleuves rapides, pour les jardins et les maisons de la