TROISIÈME PARTIE
féodal, n'était administrée que par la noblesse et par les seigneurs, à raison de leurs droits de fiefs allodiaux qui les établissaient juges naturels de leurs vassaux et de leurs serfs, les archevêques ne se servaient aussi que de gentilshommes pour rendre la justice sur leurs terres.
Le sénéchal était le principal fonctionnaire public de l'église de Lyon ; on le choisissait dans le corps des chanoines de Saint-Jean. Nous avons mi les prétentions de ces ecclésiastiques aux privilèges de la plus haute noblesse; ils ne pouvaient négliger les droits féodaux : comme ces chanoines, ennuyés de la vie trop austère d'une communauté monastique, s'étaient partagé au commencement du treizième siècle tous les biens de la cathédrale , ils avaient demandé pour leur part de souveraineté un tiers au moins de la seigneurie et de la justice séculière; ils eurent par conséquent leur sénéchal. Mais il arriva le plus souvent que pour éviter la confusion et la multiplication des cours séculières , et pour empêcher les bourgeois d'en appeler de l'archevêque au chapitre et du chapitre à l'archevêque , les prélats prirent insensib'sment l'habitude de nommer sénéchal le chamarier du cloître de Saint-Just. Celui-ci prêtait serment à l'archevêque et au chapitre, pour la portion de seigneurie qui appartenait à chacun. Quelquefois cependant le sénéchal était laïque : car Jean de Bellesmes , à l'époque qui nous occupe, voyant avec peine les désordres du m 4
clergé, et craignant de leur confier les fonctions importantes de la justice, voulut que celui qui exercerait la charge de sénéchal ne fût point ordonné prêtre. Le désordre l'emporta ; la corruption des chanoines fut plus grande que jamais , et les mœurs douces de Jean de Bellesmes lui firent abandonner un poste où il était impossible de faire le bien. « Pendant mon épiscopat, écri- « vait-il à un de ses amis, j'ai été obligé quelque- « fois de prendre les armes pour empêcher les « désordres , les violences et les brigandages qui « se faisaient dans mes terres, de forcer des châ- « teaux et d'autres manoirs, de les brûler et de « faire mourir les brigands qui les habitaient. « Comme il arrivait aussi très souvent que ceux « que j'y conduisais étaient tués , je vous dece mande à présent le secours de vos prières au- « près de Dieu pour en obtenir mon pardon '. »
Au milieu de circonstances aussi difficiles, les fonctions de sénéchal demandaient beaucoup de fermeté. Malheureusement elles étaient quelque-
1 Necesse enim habui , dum Lugdunensis archiepiscopalus honore fungebar, militia? saecularis honore implicari. Raptores et sacrilegos et stratarum publicarum violatores armata manu prosequi , et eorum munitiones et castella obsidere , succendere et demolliiï , in quorum perseculione non solum ipsorum malefactorum, sed etiam illorum quos deducebamus, mortes aliquaudo contingebanl, undè nunc pedibus sanclitatis vestrœ tanquam miser peccalor provolutus , Buppliciter exoro , quatenùs pro reatuum meorum renia intervenire dignemini. Benè valete. [Joannis il archiepisropi epistola de tempnrali regimine Ecclesiœ Lugditncnsis.)