TROISIÈME PARTIE
niers étaient charges de l'élection des conseillers; ie menu peuple, sans l'avoir mérité par ses lumières et son industrie, voulut être admis à l'administration des affaires de la ville; il força les conseillers qui n'avaient pu fuir au commencement de cette émeute, à partager le pouvoir avec lui, et ceux-ci furent obligés d'y consentir pour sauver leur vie. Cette administration peu éclairée ne dura pas long-temps : on trouva le moyen d'introduire dans la ville les troupes du roi. Dix des plus mutins furent pris et décapités, et leurs têtes furent plantées sur des pieux le long du Pont-de-Pierre1. Le quartier du pont du Rhône , appelé Rourg-Chanin, était le seul qui fut resté dans le devoir, par les soins et la vigilance d'Humbert de Vacrey, abbé d'Ainai. Cet abbé, en action de grâces, fit bénir la chapelle du pont sous l'invocation du Saint-Esprit; et pour immortaliser la bonne conduite de ses paroissiens, il fonda une confrérie qui prit pour son jour de solennité la fête de la Pentecôte, temps auquel la sédition avait commencé. La célébration de cette fête fut accompagnée d'une réjouissance plus propre à renouveler le désordre qu'à en condamner la mémoire. On habillait un homme avec tous les attributs de la royauté, depuis la tête jusqu'à la ceinture, et depuis la ceinture jusqu'aux pieds on le déguisait en cheval. Cet homme ainsi vêtu
1 Puullin de Lamina , Histoire chronol. de la ville de Lyon.
sortait accompagné de plusieurs instrumens; el bientôl entouré de la populace toujours avide des spectacles bizarres el tumultueux, il courail el dansai! dans tous les quartiers de la ville, en imitant quelques-unes des folies auxquelles l< peuple s\ était livré. La fête prit de là le nom de cheval fou. Elle dégénéra dans la suile en abus, comme toutes les farces pieuses imaginées dans les temps d'ignorance et de barbarie. On fut obligé de l'abolir !.
Mais si le commun du peuple avait ses défauts , la bourgeoisie avait bien aussi ses travers1. Arrachée au despotisme sacerdotal par les rois, elle ne pouvait perdre l'habitude de considérer le pouvoir royal comme une providence bienfaisante : elle était souvent trompée, quand elle eu attendait secours et protection. De plus, composée des maîtres de métiers passablement fiers dans le moyen âge, et des notables commerçans réfu-
1 La Tourelle. Rapport sur le fragment de bronze représentant une jambe de cheval, trouvée dans la Saône au commencement de 1766.
a Nous ferons remarquer qu'ayant puisé tous nos documens dans les mémoires originaux, notre style pourra bien quelquefois se ressentir de cette fréquentation des auteurs du moyen âge. Dans une composition qui embrasse plus de deux mille ans , c'est peut-être un défaut ; mais il nous a élé impossible de nous en garantir. Nous avons divisé notre histoire en livres et en parties bien séparées, qui forment les cinq actes d'un grand drame populaire, pour rendre moins sensibles les oppositions de nuances, et faire en sorte néanmoins que chaque siècle eût sa couleui particulière. L'Histoire de Lyon pendant la révolution française . à la fin de notre ou\ rage, offrira un exemple frappant de ce SJBtfae de composition.