TROISIÈME PARTIE
giés d'Italie, flattée, caressée par les princes lorsque ceux-ci avaient besoin d'imposer de nouvelles tailles pour leurs folles dépenses, amie du luxe enfin, cette bourgeoisie désirait déjà avec ardeur les titres honorifiques, et surtout les lettres de noblesse cjue les souverains ne tardèrent pas de lui accorder pour remplir leurs coffres-forts. L'opulence fait toujours désirer les marques distinctives, parce que la vanité est la compagne inséparable des richesses; mais elle détruit en même temps cette passion sublime de l'indépendance qui fait la force des états : la corruption et la décadence du gouvernement en sont la suite. On sacrifie l'honneur, la gloire même à des quolifichets, et l'on se trouve sans énergie quand il s'agit de combattre les envahissemens du pouvoir.
Quant au clergé, il conservait toujours son antique caractère, que les livres précédens ont assez lait connaître. Il eut un moment de triomphe bien satisfaisant pour son amour-propre : on était alors continuellement occupé du fameux schisme qui séparait les partisans du pape d'Avignon de ceux du pontife de home; il fut résolu que le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne et le duc de Béni, à la lin du quatorzième siècle, se rendraient eux-mêmes à Avignon avec l'évèque de Senlis, les députés de l'université de Paris, et les hommes les plus habiles du conseil du roi. Cette ambassade, telle qu'il ne s'en ('tait jamais vu, se m 28
454 HÎSTOIKK I)K LYON.
réunit d'abord à Dijon, puis s'embarqua à Chàlons, où le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, avait , avec sa magnificence accoutumée, fait préparer des bateaux pour une si nombreuse suite. 11 emportait avec lui grande abondance de vin de Bourgogne et de tapisseries de Flandre pour donner au pape et aux cardinaux d'Avignon'. Les princes arrivèrent à Lyon, où ils témoignèrent la plus grande vénération au chapitre et à l'archevêque. Là aussi ils rencontrèrent les ambassadeurs du roi de Hongrie , qui venaient implorer les secours du roi de France contre les Turcs. Les comtes de Lyon profitèrent de la présence des princes pour demander beaucoup de choses qui leur furent accordées.
Pour résumer tout ce qui concerne l'état de Lyon dans les siècles que nous allons décrire, nous dirons que le clergé, profitant des idées superstitieuses qui remuaient plus que jamais les populations, voulait ressaisir toute son influence; que la royauté , abusant du respect dont les communes l'environnaient par un instinct naturel pour leur conservation , s'efforçait d'abolir les franchises qui opposaient encore des obstacles à son bon plaisir; que la bourgeoisie, corrompue par les richesses , avait besoin de la triste expérience du despotisme avant d'asseoir pour toujours ses libertés religieuses et politiques sur des
* Barante, Histoire des ducs de /?-> irgOgne.