‹ Histoire de LyonChapitre 203 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

bases inébranlables. Nous approchons des temps orageux où la fureur des diseussions, le fanatisme des sectes religieuses, la souveraineté du droit divin et l'indépendance des peuples se livrèrent de rudes combats. Les passions viles de l'humanité, l'ambition, lYgoïsme , l'orgueil, la vanité, opposées aux sentimens les plus nobles, ont composé pendant trois cents ans, drAis l'intérieur de la cilé, un drame des plus remarquables : il mérite toute notre attention.

L'année1 où fut livrée la désastreuse bataille d' \zincourt, la ville d'Haï fleurs fut prise par les Vnglais. On imposa les bonnes villes du royaume pour reprendre une cité aussi importante. L'opulence des Lyonnais attirait souvent les regards de la cour de France : par arrêté du consulat, « cha- « que citoyen dût payer un denier et maille pour « chaque livre tournoi de son vaillant ».

Ce qu'on extorquait ailleurs, on le demandait toujours à la bonne volonté des conseillers de Lyon. C'était une preuve de leur puissance et des franchises dont ils jouissaient. Les malheurs de la France allaient toujours en se multipliant; les querelles des princes couvraient la surface du rovaume de ruines et de massacres, et cependant le gouvernement municipal de la ville de Lyon était respecté. Jean sans peur, assassin du due d'Orléans3, envoya ses lettres patentes avec ses

» année I4I5t nouveau style.

2 Le duc d'Orléans fut assassiné le 23 novembre 1407, et le duc 'le

lettres closes à plusieurs bonnes villes du royaume, afin de les soulever et de les attirer à son parti' pendant la nullité d'un roi insensé. Lyon devint le modèle de la fidélité, de la sagesse et de l'ordre public : au milieu de ces temps de factions et d'anarchie, sa conduite, le dévoûment de ses habitais , devaient démontrer plus que tout autre fait qu'une cité dirigée par un gouvernement consulaire bien organisé, sans influence désastreuse de centralisation , est inébranlable. Si Paris avait alors exercé son despotisme politique comme cette capitale l'a exercé dans la suite, nos contrées auraient été saccagées comme toutes les autres régions de la France. C'était pourtant une ville remarquable que celle qui demeura pure de tout le sang dont le royaume fut inondé jusqu'à l'avènement de Louis xi au trône.

Pour contrebalancer les moyens de séduction de Jean sans peur, duc de Bourgogne, et lutter contre les efforts des Anglais coalisés avec lui, le dauphin a écrivit aux conseillers de la ville de Lyon : «Jean, fils du roi de France, dauphin de « Viennois, comte de Ponthieu et de Poitou, à « mes chers et bien-amés les bourgeois , ma n an s

Bourgogne le fut à son tour sur le pont de Montereau , le 10 septenilu.'

1 Monslrelet , Chroniques.

2 Premier dauphin après le duc d'Aquitaine, mort l'année piv dente. Jean mourut lui-même bientôt après ; il fut remplacé par le dauphin Charles, alors âgé de quinze ans, et qui succéda à son père sous Je nom de Charles vu.

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