TROISIÈME PARTIE. i \b
Les marchands forains étaient distribués dans
foutes les rues de la cité , suivant les denrées
qu'ils débitaient. On remarquait. surtout la mercerie, l'épicerie, la draperie, les pelleteries, les étalages d'escoffiers ou de tanneurs; niais l'attention se portait ensuite sur les riches magasins de changeurs, près de Saint-INizier : plus d'un curieux regardait avec des yeux de convoitise les amas de livres tournois étalées, et principalement les lingots , si utiles aux commereans dans ces temps de corruption, où les princes ne se faisaient point un scrupule d'altérer chaque jour leurs monnaies. Le menu peuple se pressait dans la rue Vendras, où se voyaient la fripperie et la bonneterie; et les hauts personnages achetaient, rue de l'Aumône , chez les marchands de beaux draps étrangers. Les clercs , les tabellions et autres gens qui savaient écrire, faisaient des emplettes chez les parchemin iers dans la rue Mercière. On vendait chevaux et ânes depuis Sain t-Oôme jusqu'aux Écloisons; les bœufs, les vaches, les porcs et les moutons couvraient le Brolleau de la ville, depuis le couvent des Frères-Mineurs jusqu'au pont, le long du Rhône.
I ne mauvaise nouvelle vint troubler cette heureuse tranquillité si favorable à l'industrie : on apprit tout-à-coup1 que le duc de Bourgogne suivi, comme à son ordinaire, de bon nombre
1 Le 17 mars [421, el 1422 noureaa style.
4iG HISTOIRE DE LYON,
de gens d'armes, venait à Genève pour visiter son oncle le duc de Savoie. Le consulat de Lyon fil de suite réparer les artilleries, fortifier les murailles, élever des tours d'arbalétriers, approvisionner les greniers de la ville, et clore les chaînes des rues. La garde du bourg Saint- Vincent fut augmentée. Huit personnes notables, tous les soirs, se mirent aux champs : deux sur la Saône, deux sur le Rhône, et quatre d'un bout à l'autre dans le Franc-Lyonnais. Un citoyen s'avança jusqu'à Seyssel , pour en rapporter de nouvelles sûres. En même temps, afin d'encourager les citoyens pressurés par beaucoup de frais, il fut ordonné « que l'on ferait information publique et solen- « nelle sur ce que les bourgeois de Lyon seraient « payés de leur louage de maisons sur les biens « qu'ils trouveraient dedans , avant tous les autres « créanciers, et que ladite information serait mise ce es archives à perpétuelle mémoire ». Mais la mort de Henri v, roi d'Angleterre, empêcha Philippe de rien entreprendre contre Lyon. D'un autre côté, les affaires allaient de plus en plus mal pour les Bourguignons , dans la partie du Beaujolais et du Lyonnais voisine des états du duc. Bernard d'Armagnac, et le sire de Grolée bailli de Lyon , s'étaient fait une forte armée : ils avaient envahi le Charolais, s'étaient emparés de la ville de Tournus , menaçaient Maçon , et répandaient l'effroi dans toute la basse Bourgogne. Cependant la mort de l'insensé Charles vi , le