TROISIEME PARTIE
vingt-deuxième jour d'octobre *, jour des onze mille vierges*, a ini compliquer les embarras du
rovaume en laissant deux héritiers de la couronne. On pardonna au prince défunt : à la place d'une bonne tète, il avait eu le plus souvent pour sou peuple les intentions d'un excellent cœur. La France n'en était pas moins dans l'anarchie. Lyon devint la caisse militaire du jeune roi déshérité. Les Lyonnais ne craignaient point les sacrifices, parce qu'il fallait combattre les Anglais : s'il eût été question d'une querelle entre princes , ou d'une entreprise contre les franchises du pays, leur bourse aurait été fermée.
Le dauphin, lorsqu'il apprit la mort du roi, se trouvait en Berri , à Melun-sur-Yèvres. Il pleura beaucoup. Le lendemain , d'après l'avis de son conseil , il se revêtit du deuil royal , puis il se rendit à Poitiers, où, avec une grande pompe, il se fit couronner. Dès lors , tous les bons citoyens qui détestaient les étrangers, le reconnurent pour roi sous le nom de Charles vu. On reçut ses lettres à Lyon au commencement du mois de novembre. Le consulat se transporta dans l'église de Saint-Jean , pour honorer le souverain en faisant un service funèbre à son père. Les conseillers et notables portèrent cinquante torches de trois livres chacune, et aux armes de la ville. Peu de temps
- Monstrelet.
après, la reine, femme dû roi Charles, accoucha d'un fils, lequel fut nommé, sur les fouis, Louis, premier dauphin de Viennois'. Pour célébrer sa nativité, qui devait causer dans la suite bien des embarras au père, il y eut grande liesse2 et grande ioie à Lyon : on éclaira toute la ville a\< < des feux immenses ; on donna quatre écus au courier porteur de la nouvelle"; le menu peuple criait à haute voix : Noël! et faisait éclater le contentement le plus vrai. Ainsi, comme à l'ordinaire, les réjouissances du baptême succédèrent aux cérémonies lugubres de l'enterrement.
Néanmoins, la détresse des finances du roi arrêtait toutes les entreprises qu'il aurait pu faire contre ses ennemis, et le forçait à avoir recours trop souvent à ses bonnes villes. On ne peut pas toujours donner. Une grande assemblée fut convoquée dans le réfectoire des Cordeliers de Lyon1. Quarante-cinq députés des villes et villages du pays de Lyonnais se trouvèrent présens. On y voyait ceux de Condrieu, de l'Arbresle, de Saint- Sympliorien-le-Chàtel et autres. Tous ensemble élurent d'une commune voix le doyen de Lyon et Guichard dÀlbon, pour les mettre à la tête dune députation , tant pour la \ille de Lyon que pour le plat pays , afin d'aller « par devers le roi , et
1 Louis xi , né à Bourges le i juillet I i23 , nouveau Btyle,
» Monstrelet.
5 ylctcs consulaire* .
k Année 1 &25.