TROISIÈME PARTIE
lois souillées par des assassinats juridiques. Le sénéchal ne prononçait pas seulement dans les affaires de police, de rapines, de procès pécuniaires, mais il présidait encore au jugement des affaires criminelles. 11 tranquillisait sa conscience en peyaant que sous la responsabilité du pape, le préfet de Rome était dépositaire du même pouvoir; que le souverain pontife, après la cérémonie de la mi-carême, envoyait à son préfet une belle rose d'or qu'il avait consacrée et portée en procession solennelle, et qu'il la lui donnait comme une espèce de gratification pour son administration courageuse de la justice de Rome.
Le sénéchal était donc président des tribunaux ecclésiastiques, juge souverain, gouverneur et gardiateur de la ville; ce qui rendait son emploi très formidable, et surtout très lucratif. 11 en tirait des émolumens immenses, dont les confiscations, les amendes, les permissions de vendre, d'acheter, de transporter les marchandises , étaient les sources intarissables. Dans la suite, le sénéchal ne craignit pas d'étendre ses droits d'aubaine sur les denrées d'un usage journalier, tant l'église de Lyon et ses fonctionnaires étaient avides ! C'est ainsi que Gaudemar de Jarès , qui contribua d'une manière si directe aux guerres de la commune , et qui avait été fait sénéchal par Pvobert d'Auvergne, archevêque, prétendit avoir le droit de prélever un broc de vin toutes les fois que les citoyens augmenteraient le prix de cette
denrée après les mauvaises vendanges; « ce qui « devint une occasion de brouillerie dans la « ville'. » Robert fut obligé de déclarer que non seulement les bourgeois, mais les babitans qui demeuraient hors de la ville, et qu'on appelait vilains, étaient exempts de payer le hf oc de vin au sénéchal. Quoi qu'il en soit , il est très important de noter que cet office était une cause d'exactions scandaleuses. Les domestiques tonsurés du sénécbal ne manquaient pas de dépouiller aussi les babitans qui venaient solliciter quelque grâce auprès de leur maître : ce qui était d'autant plus intolérable, que ces gratifications particulières restaient secrètement enfouies dans la bourse du clergé, et que les plus considérables avaient toujours la plus grande influence2. Comme très souvent il existait deux tribunaux dans l'intérieur de la ville, celui de l'archevêque présidé par le sénéchal, et celui du chapitre par le chamarier, il fallait acheter l'un et l'autre pour obtenir sans opposition ce qu'on demandait : une seule sentence ruinait les Lyonnais.
Mais le sénéchal , étant toujours ou chanoine ou grand seigneur, ne pouvait compromettre sa dignité au milieu de la populace : un fonctionnaire suppléant, sous le nom de viguier, fut établi dans la ville de Lyon. C'était , disaient les
1 Meneslrier, Histoire consulaire.
• Poullin de Lumina , Histoire chronologique.