TROISIÈME PARTIE. 45è
subvenir aux affaires de la ville, principalement dans ce qui concernait les fortifications. Il parcourut en personne les quartiers de Saint-Just et de Saint-liviire , afin d'examiner si quelque surprise pouvait compromettre ces belles positions; il recommanda aux comtes de Saint-Jean de bien munir leur chàtel de Rochetaillée, dont la prise serait très préjudiciable au pays; il défendit en même temps de laisser sortir les graisses , les builes et toute espèce de vivre, pour éviter la famine en cas de siège après la guerre d'An thon'. En effet, l'ennemi était en cet endroit. Mais le courage des Dauphinois diminua son audace : il y eut même un beau fait d'armes dont les gens de la province furent fiers pendant long- temps. Le prince d'Orange avait mené douze cents combattans ou environ dans le Languedoc, et soumis avec leur aide plusieurs châteaux dont les seigneurs tenaient le parti du roi Charles0 ; déjà il étendait ses conquêtes dans le Dauphiné. Le sire Raoul de Gaucourt, qui avait si vaillamment défendu Orléans, venait d'être choisi pour gouverner ce pays. Le roi n'avait pu lui donner ni finances ni gens de guerre. Ce brave seigneur ne voulant pas cependant que la province se perdît entre ses mains, prit courage et résolut de se défendre. Il s'accorda avec sire ïmbert de Grolée ,
: Innée 1 130, nouveau sivlc.
1 Nonstrelel , Chroniques.
baiIJi du Lyonnais ' et maréchal du Daupbiné , qui, depuis plusieurs années, avait fait très bonne guerre aux Bourguignons. Ils allèrent chercher dans le Velay un capitaine espagnol nommé Rodiguez de Villandrada. Il s'y trouvait avec une compagnie de toutes nations qu'il amenait au roi de France. On rassembla aussi des hommes de bonne volonté à Lyon et dans le Maçonnais. Un emprunt fut mis sur les plus riches de ces contrées, sauf à le rembourser par une taille*. Quand ils furent assemblés, ils se trouvèrent bien de quinze à seize cents combatlans; ils se mirent aux champs pour combattre le prince d'Orange, qui était accompagné alors de plusieurs grands seigneurs de
r Monstrelet l'appelle messire îmbert de Gauler.
9 Histoire manuscrite du Dauphiné , par Thomassin témoin oculaire, ouvrage cité par M. de Barante dans son Histoire des ducs de Bourgogne. Ce devait être sans doute le Lyonnais Matthieu Thomassin , auteur d'un autre manuscrit qui porte pour litre : Registre delphinaljait par le commandement du prince Louis , dauphin , par Matthieu Thomassin de Lyon > conseiller delphinal; mais il serait douteux qu'il eût été témoin oculaire de la bataille d'Anthon , car il existe un acte consulaire dans les archives de l'Hôtel-de-Ville , et daté du ^8 janvier de l'année 1499 , qui permet au conservateur Thomassin , sur sa réquisition , de faire sur ses fonds une nouvelle rue en ligne droite , près du cloître de Notre-Dame-de-Confort. Cette rue porte encore son nom. Quant à son emploi de conservateur, en voici l'origine : Charles vu et Louis xi ayant transféré les anciennes foires de Bric et de Champagne dans la ville de Lyon , y créèrent un juge-coaservateur des privilèges de ces mêmes foires. Cet office de juge-conservateur , et les autres offices qui composent celte juridiction , ont été réunis, en 1656, par Louis xiv au corps cousulaire , pour être exei par le prévôt des marchands et par les quatre échevias, avec sK Mires juges nommés tous les ans par le roi et par le consulat.
Bourgogne1. Le sire de Gaucourt s'empara d'abord de la forteresse de Colombiers. Aussi l'ennemi fut bien surpris de voir qu'on avait eu l'audace d'attaquer, quand il ne croyait pas qu'on pût essayer de se défendre. Il s'empressa de venir offrir Ja bataille. C'était pour les Français une chose grave que de l'accepter : ils étaient moins nombreux. Le sire de Yillandrada n'était pas sûr de tous les étrangers qui formaient sa compagnie. Si la bataille eut été perdue, c'en était fait du Lyonnais, du Daupbiné et même du Languedoc; le roi pouvait de cette affaire perdre son royaume*. Cependant ceux qui étaient venus combattre sous le sire de Gaucourt, et qu'avait amenés le sire de Grolée, avaient grande volonté de bien guerroyer, et bonne idée de la justice de leur cause. Le capitaine espagnol demanda qu'on lui donnât lavant-garde., afin qu'on pût s'assurer si ses gens se conduisaient bien. On célébra la messe; le sire de Grolée se jeta à genoux, et fit sa prière à haute voix". Ensuite les Français, devant leurs adversaires, se mirent en belle ordonnance avec bannières déployées et cottes-d'armes vêtues. Les Bourguignons, débouchant par un bois, ne purent se ranger en bataille avec le même ordre. Toutefois , les deux puissances s'ébranlèrent et combattirent : il y eut, de première venue, très
1 Le seigneur de Saint-Remy, Mémoires.
* Barante, Histoire des ducs de Hourgogne. ££■ «|
3 Chronique de B ni.
*5ê HISTOIRE DE LYON,
dure et merveilleuse rencontre. Mais la fortune tourna sur les Bourguignons , et là périrent plusieurs grands seigneurs de Bourgogne. Le prince d'Orange se sauva; le seigneur de Montaigu en fit autant, non sans exciter le courroux du prince Philippe, qui le priva de l'ordre de la Toisond'Or, institué depuis peu de temps1.
Cette victoire fit grand plaisir aux bourgeois de Lyon ; une autre nouvelle importante augmenta leur joie, car toutes les choses changèrent miraculeusement. Il courait depuis un temps une certaine prophétie qu'on disait même tirée des livres de l'enchanteur Merlin, et qui annonçait que la France perdue par une femme* serait sauvée par une femme3. En effet, par le beau fait d'armes d'Anthon, le midi du royaume se trouva délivré; par l'influence de la jeune fille inspirée, le nord ne tarda pas à jouir du même bonheur. Charles vu écrivit aux Lyonnais une lettre bien flatteuse, par laquelle il les priait de prendre part aux efforts qu'on allait tenter pour faire lever le siège d'Orléans. Les citoyens de la bonne ville ne se laissèrent pas solliciter deux fois; ils envoyèrent deux quintaux de salpêtre, six ballots d'acier, et trois quinlaux de souffre4.
Ces tentatives et ces dons généreux , patrio-
1 Monstrelet et le seigneur de Sainl-Remy. * La mauvaise Jsabeau de Bavière.
3 La courageuse pucelle d'Orléans.
4 Mois de mars 1 129, nouveau stvle.