‹ Histoire de LyonChapitre 214 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

l'ambition et le désir d'agrandir leurs domaines faisaient guerroyer tous les princes, Ame, duc de Savoie, âgé de cinquante-six ans ou environ , se fit ermite. Il choisit pour retraite un de ses manoirs nommé Ripaille, à demi-lieue de Thonon , où il tenait ses états avant sa pieuse résolution. Les uns disaient que c'était par esprit de mortification et par sainteté qu'il quittait le monde; d'autres prétendaient, au contraire, que c'était pour jouir plus tranquillement des plaisirs de la vie. Toutefois, son ermitage se trouvait placé comme un paradis terrestre, sur les rives d'un lac enchanteur ; Ame avait fait construire son manoir solitaire avec magnificence, et non loin , pour les jouissances contemplatives de son ame, était le prieuré de Saint-Maurice, fondé depuis très long-temps par ses prédécesseurs. Une preuve que les mauvaises langues avaient répandu des bruits faux sur son amour des voluptés, c'est qu'il quitta son hôtel de Thonon, de nuit, pour se rendre à Ripaille; et là il prit une robe grise, un long mantel, un chaperon gris et une cornette d'au moins un pied. Il avait de plus un bonnet vermeil par dessous son chaperon ; par dessus sa robe, une ceinture dorée, et pardessus le mantel, une croix d'or'. Le duc à vie paisible et retirée ne s'attendait pas sans doute à être bientôt nommé pape. Les Lyonnais ne s'atten-

' Monîtrclet.

daient pas non plus à ce qu'on fit chez eux, peu de temps après, une assemblée canonique pour le déposer.

Cependant la guerre se faisait toujours avec acharnement dans le Lyonnais. Tassins fut pris d'assaut par les Bourguignons. Les gens d'armes de Philippe rodèrent à Saint-Genis et à Sainle- Foy. L'intrépide Grolée, chevalier, chambellan et conseiller du roi , bailli de Maçon , sénéchal et capitaine de Lyon, mourut sur ces entrefaites. U fallut toute la prudence de Pierre de Chandieu son successeur dans la capitainerie, pour sauver la cité.

Il est vrai que le duc de Bourgogne paraissait fatigué de son alliance contre nature avec les Anglais : il était Français de sang, de cœur, de volonté '. Il appartenait à la noble maison de France ; c'était d'elle que sortait l'origine de toute sa grandeur. Il voyait le royaume détruit , et le pauvre peuple réduit au désespoir. Les Anglais l'avaient souvent offensé; il les avait mainte fois trouvés orgueilleux, obstinés, in sole ns. Le roi Charles, étant dauphin , avait sans doute favorisé le meurtre du duc Jean, père de Philippe; mais l'occasion était propice pour en tirer une éclatante satisfaction dans un traité de paix. Il ne fut pas trompé dans son espoir : le roi lui accorda tous les. dédommagemens qu'exigeaient les circonstances. La paix fut donc publiée dans toutes les

» Olivier de l.a Marche.

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