TROISIÈME PARTIE
chanoines avec hypocrisie, pour la garder et la défendre, pour protéger les citoyens, leurs personnes, leurs hiens, leurs effets. On lui donnait pour salaire un quart des amendes et la moitié des taxes, saisies et confiscations, sur les crimes ou sur les délits. Il était par conséquent intéressé à ne trouver que des criminels. Sa surveillance s'étendait sur les arts et métiers, sur les cabarets et hôtelleries, sur les marchés publics et les émeutes populaires. Dans les campagnes, le viguier était lieutenant des baillis. Cette charge devint plus importante lorsque Lyon passa sous la domination des rois de France. Le bailli de Maçon était alors sénéchal de la cité lyonnaise, par commission du prince ; ne pouvant se trouver sur les lieux, il avait un vicaire politique ou viguier qui le remplaçait, et défendait la prérogative rovale contre les envahissemens des prêtres : sous ce rapport , il était réellement le protecteur de la cité. Mais pendant la domination tyrannique de plusieurs archevêques, la place de viguier donna lieu à toute sorte de rapines : aussi on Tachetait comme un domaine très productif. Renaud de Forez , l'un de nos prélats , acheta la viguerie (1 Anse; il acquit aussi la viguerie de Condrieu par un échange qu'il fit avec Girin de Cifrei , chevalier, en lui donnant une autre terre.
11 existait un autre officier qui faisait partie de la sénéchaussée , et qui avait en quelque sorte l'intendance de la police sous le sénéchal ; on le
nommait courrier' : il était ce qu'on appela plus tard prévôt de l'hôtel ou prévôt de la maréchaussée; il remplissait les fonctions de justicier. Cette charge devait être considérable, puisque dans les actes capitulaires réunis aux archives de la préfecture, on ne trouve que des gentilshommes qui l'aient exercé, et des personnes qui portassent le titre de chevaliers. Ce n'était pas seulement dans la ville que l'église nommait des courriers, elle en avait dans ses principaux domaines, comme à Anse, à Saint-Symphorien-le-Châleau, et en plusieurs autres endroits. Les courriers choisissaient eux-mêmes leurs lieutenans. Le jour de la fête des Merveilles, c'était la coutume d'employer le lieutenant du courrier, le prévôt et chancelier de la cour séculière, à surveiller les orgies qui avaient lieu le plus souvent. Avant que le viguier devint le protecteur royal de la cité, la juridiction du courrier des archevêques s'étendait sur les denrées, les boissons et les vivres en général, sur la propreté des places publiques, des rues , des car-
1 « Comme il n'est rien de plus sujet aux conjectures que les étymologies , on trouve clans les auteurs plusieurs notions différentes de ce nom qui est exprimé en latin, dans tous les actes, par celui de covrearius. Quelques-uns ont cru qu'il avait été ainsi nommé, comme qui dirait curies rector, parce qu'il était juge de la cour séculière de l'archevêque ; d'autres veulent que ce soit la même chose que ces officiers des cours d'Espagne qui sont appelés corregidorcs, et en latin rcorum eorrectores. Bellefort dit que ce fut Louis le Débonnaire qui institua le premier ces officiera pour visiter les campagnes avec leurs archers, pour arrêter les voleurs et les vagabonds, et que ces courses les firent nommer courtiers. » Le P. Menf.stiuer, Histoire consulaire.
refours, et sur l'alignement des maisons. 11 visitait les foires, les étalages de marchand, et maintenait partout la paix et le bon ordre. Aussi le nom de courrier est demeuré à certains fonctionnaires de confréries que Ton nomme courriers du Saint-Sacrement : avec une petite main d'argent placée au bout d'une baguette d'ébène, ils rétablissent encore de nos jours l'ordre dans les processions.
L'office du courrier était annuel. Comme il était chargé de l'exécution des mandemens, qu'il levait les impots, exigeait les amendes, arrêtait les criminels, les faisait emprisonner, son pouvoir était grand; mais il était équilibré d'une manière assez remarquable. La première année , l'archevêque instituait le courrier et le juge de la cour séculière , et le chapitre le garde-des-sceaux ; la seconde année, l'archevêque instituait le courrier et le garde-des-sceaux, et le chapitre le juge; la troisième année, l'archevêque instituait le juge et le garde-des-sceaux , et le chapitre le courrier.
Voici d'ailleurs la formule du serment que prêtait le courrier avant d'exercer sa charge : il promettait sur les saints Évangiles de respecter les droits et libertés de l'église de Lyon , de protéger tous ceux qui étaient incorporés dans cette église, les personnes, les dignités, les propriétés, les immunités, les franchises, la juridiction du cloître et de ses dépendances; il promettait de ne rien faire, durant l'exercice de ses fonctions, au préjudice des conventions passées entre les seigneurs
archevêques, doyens et chapitre. Quant aux courriers des domaines, ils étaient élus toutes les années dans le chapitre , le lendemain de la fête de Saint -Jean, par les autres dignitaires. On leur donnait le nom de châtelains, parce qu'ils avaient la garde des terres et des châteaux de l'église. Lorsque les citoyens lyonnais eurent proclamé leur commune , le courrier de la ville faisait lever par ses sergens les collectes que les hourgeois s'imposaient volontairement pour le salut de la communauté. Ainsi, à la fin du treizième siècle, Guillaume de Virieu , gardiateur pour le roi de la ville de Lyon, qui s'était mise sous la protection du souverain de France, donna commission à l'un de ses sergens d'aller requérir le courrier du chapitre, afin qu'il députât aussi l'un de ses sergens pour ramasser certaine collecte que les citoyens avaient eux-mêmes fixée pour se faire protéger; car alors les impôts n'enrichissaient pas des courtisans , on ne payait que la protection : c'était là les élémens primitifs et les plus simples de ce que nous nommons aujourd'hui budget, et l'on verra que les citoyens avaient quelque raison de croire qu'ils étaient maîtres de leur argent r.
» «Pour compléter tout ce qui concerne le courrier, observons qu'il prenait souvent le litre de juge-courrier clans les sentences qu'il rendait ; ainsi , l'an 1300 , il ordonna au prévôt du chapitre et aux sergens de laisser le célérier d'Ainai paisible dans sa justice du cloître. En 1292, Rollet Cassard, syndic de la ville , appela de la justice spirituelle de l'archevêque au Saint-Siège, cl de la justice séculière au roi; entre les griefs des citoyens lyonnais , il allègue (pie quelques habitans ont été tues ci