TROISIÈME PARTIE. M
Si le courrier de la cour séculière de Lyon était ordinairement un gentilhomme et une personne distinguée qui prenait la qualité de damoiseau , de chevalier ou d'écuyer, selon le rang qu'il occupait dans la noblesse, le juge de la même cour était toujours un docteur, parce que Lyon , comme nous l'ayons observé au commencement de ce livre, était « un pays de droit écrit)) , et que déjà dans les jugemens on procédait selon les formes du droit romain. Les bacheliers et les licenciés, les professeurs de droit civil et de droit canonique prêtaient serment à l'archevêque; c'était parmi eux que l'on choisissait le juge -mage : les familles nobles réfugiées dans la cité les fournissaient presque tous. Lorsque les citoyens furent en possession paisible du consulat, et n'eurent plus de différens avec les archevêques et le cha-
mallraités par les domestiques de l'archevêque et du chapitre , et que le courrier n'en a point fait de justice , quoiqu'il en ait été plusieurs fois requis. L'an I3U3 , le juge de Lyon , Jean d'Autun , professeur des lois, et le courrier de la même ville , Philippe de Piseis , chevalier, sewtransportèrent le mardi , après les octaves de Saint -Pierre et de Saint-Paul , dans la nouvelle habitation qu'avaient acquise les révérends pères Carmes, où le prieur et les religieux lui firent voir, en présence d'un notaire , qu'ils avaient une chapelle , un autel , et tous les ornemens nécessaires pour la célébration des saints mystères , et une table préparée pour la réfection de* religieux ; après quoi ledit prieur et lesdits religieux demandèrent la protection de ces magistrats contre les défenses de n'exercer aucune fonction publique que leur avait faites Humbert de Genay, prieur de la Platièrc , sur la paroisse duquel ils s'étaient établis. » Menestrier , Histoire consulaire; Inventaire général des Archives municipales, article Courrier.
pitre, alors, semblables aux anciens Romains qui appelaient toujours des patriciens aux charges élevées de la république, les Lyonnais nommèrent échevins ou conseillers les plus illustres de chaque antique maison. Les licenciés et bacheliers, et à plus forte raison les docteurs, furent souvent appelés , par les suffrages de leurs compatriotes , à remplir les fonctions de conseillers, syndics et consuls : il était peu d'élections où l'on ne mît un docteur es droit à la tète du consulat. Il est un instinct de gloire et de prospérité qui dirige toujours les cités libres. Les hommes ambitieux et médiocres de nos temps modernes, qui seraient surs de ne point obtenir de suffrages, ont raison de frémir au seul mot d'institutions municipales.
Après le juge-mage tiré des écoles de droit romain , venait, au treizième siècle, le juge des appellations, nommé juge des appeaux ou grand audiencier : c'était à lui qu'on appelait des jugemens rendus en première instance sur les terres de l'archevêché parles baillis, châtelains, et autres gardiateurs, jusqu'au temps où l'adroit Philippe le Bel supprima cet office déjuge des appeaux, et voulut que les appellations se fissent au parlement de Paris. Celte importante fonction, durant la souveraineté du clergé, causa de vives querelles (Mitre les chanoines. Par un règlement fait entre le chapitre et l'archevêque ' pour terminer ces
« En 1290.