‹ Histoire de LyonChapitre 3 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Il est peu de villes qui offrent comme Lyon cette lutte politique d'une manière aussi frappante : des piètres souverains devaient être d'impitoyables tyrans; mais la résistance des bourgeois fut en raison directe de la tyrannie.

La description du beau domaine temporel des prélats dans l'intérieur de la cité nous montrera leur puissance; l'étude de leur gouvernement la rendra plus évidente; nous observerons ensuite les premières lueurs de liberté au milieu des citoyens entassés dans des buttes sur la plaine triangulaire du confluent.

Les archevêques et le chapitre avaient leurs forteresses principales dans le cloître de Saint- Just et sur le rocher de Pierre-Scise r. Ce rocher de granit qui s'élève encore menaçant sur la rive droite de la Saône et à l'entrée septentrionale de la ville , quoique depuis trente ans on creuse ses entrailles pour les chaussées et pour les ponts , était très bien situé pour un pouvoir sacerdotal. Un manoir s'élevait au dessus. On regrette peutêtre l'effet pittoresque que produisait ce château avec ses créneaux et ses noires murailles, en se détachant sur un ciel d'azur ? en se réfléchissant

1 Le rocher de Pierre-Scise s'avançait en forme de promontoire jusqu'au milieu de la Saône. {Voyez le premier livre du premier volume.) L'étymologie du nom de Pierre-Scise vient du mot latin petra incisa , pour rappeler le grand travail des routes romaines exécutées par Agrippa. {Voyez les détails que nous donnons sur les chemins de l'Empire dans le premier volume.) En 1826 , on a trouvé au bas de la Chana les traces d'une de ces voies romaines.

dans la Saône, en formant avec la forteresse de ['autre côté de la rivière, au milieu des bosquets d'alentour, deux masses de fortifications imposantes ; mais quelle que soit l'opinion des amateurs du moyen âge, quand on pense que les victimes du despotisme ne -('missent plus dans la tour solitaire, on se contente des simples beautés de la nature qui sont encore très ravissantes en cet endroit. Les ponts dont les rocs de Pierre- Scise fortifient les culées, les quais et les chaussées que ces mêmes blocs soutiennent et font servir à une industrie sans cesse active, sont préférables à tous les paysages et à tous les manoirs de la féodalité. Toutefois le château construit jadis sur le sommet aplati du rocher de Pierre- Scise, a été tour à tour le palais des chefs barbares, le château-fort des archevêques et la prison d'état des rois de France. Il a croulé à l'époque la plus désastreuse de la révolution : exemple terrible pour les tyrans; le monument du despotisme a succombé sous les coups de l'anarchie. Son histoire est le tableau fidèle de toutes les vicissitudes politiques, et, sous ce rapport, nous devons l'esquisser rapidement.

Sa construction remonte sans doute au temps des Romains : des ouvriers employés à déblayer les terres le long du château, trouvèrent un assez grand nombre de lampes sépulcrales, de médailles ei d'autres objets antiques; mais les traditions directes et positives sur ce monument ne vont pas

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au delà du douzième siècle'. Héraclius, pendant Ses démêlés avec les comtes belliqueux ses voisins, s'y réfugia plusieurs fois, et en lit le premier la forteresse principale des archevêques. Renaud de Forez ajouta des murailles plus épaisses, embellit l'intérieur du manoir, changea enfin ce lieu fortifié en palais archiépiscopal ; ce qui lui a mérité le titre de fondateur du château. Aussi les prélats qui lui succédèrent choisirent cet asyle pour en faire leur domicile privilégié, et ne fréquentèrent le palais qu'ils avaient près de l'église cathédrale que dans les fêtes solennelles. L'appartement des archevêques fut témoin, dans ce château, de plusieurs scènes féodales : le prélat Aimery Guerrat, homme simple et religieux, y tenait sa cour pendant le séjour d'Innocent iv à Saint-Just, pour n'être point ébloui par la pompe fastueuse du pontife de Rome; l'archevêque Rodolphe de La Tourette lançait du haut de ce rocher ses foudres théocratiques contre les cinquanteniers de la ville, qui s'étaient mis sous la

1 Cependant nous avons vu que Meneslrier pensait que le château de Pierre-Scise avait servi de demeure aux. anciens rois de Bourgogne (tiv. iv de notre second volume). Poullin de Lumina prétend que l'archevêque Hugues avait assemblé en 1099 , dans ce même château , un concile composé des évoques de sa province. Il est certain que la position de cette place forte était trop favorable , surtout dans les premiers siècles <]<■ barbarie et de féodalité , pour que sa fondation ne remonte pas au delà du douzième siècle. Comme les attaques des seigneurs pillards du comté de Forez étaient rapides et momentanées, les archevécues pouvaient se renfermer dans ce château inaccessible sans redouter la famine.

garde du comte de Savoie'; de leur côté, les hardis bourgeois venaient braver le prélat dans son château, et signifier des appels contre les usurpations du chapitre*. Là aussi Pierre de Savoie céda à Philippe le Bel, avec les cérémonies accoutumées, ses droits de juridiction sur la cité lyonnaise, en se réservant toutefois la châtellenie de Pierre-Scise et le privilège de frapper monnaie3; là le même prélat souscrivit l'espèce de charte accordée à tout jamais aux habitans de Lyon4. Les archevêques recevaient dans le château de Pierre-Scise les princes et les personnages

3 Voyez à la fin de ce livre les considérations sur les monnaies de Lyon pendant le moyen âge.

4 « Guichenon rappelle une sentence arbitrale rendue par Guillaume de Sure, archevêque de Lyon, dans son château de Pierre-Scise, en 1339, sur les différens qui s'étaient élevés entre le sire de Villard et Renaud de Dortans. Nous en parlerons dans le livre qui suit Un titre de l'année 1335 annonce que le château avait pour gouverneur le seigneur d'Iseron , aux gages de cinquante sous viennois par semaine , et que ce dernier avait sous lui douze hommes d'armes , chacun à huit florins par

mois A l'époque des troubles qui se manifestèrent en France après

la paix de Bretigny, par suite du licenciement des armées en 1364 . Charles d'Alençon , en 1366, excommunia le sénéchal de Lyon et les officiers du roi Il y avait une chapelle dans le château de Pierre- Scise. Le testament de Jean de Talaru , du 23 septembre 1392, dans lequel il lègue à la chapelle da Saint - Michel du château de Pierre-Scise

un missel , une chasuble , aube , amict , étole et manipule 11 parait

de plus que les archevêques avaient leurs archives à Pierre-Scise : un acte capitulaire du 10 février 1443 nous instruit que Jean d'Amanzé , chanoine , et le sous-maître di> l'église , étaient venus annoncer au chapitre que la maladie grave dont l'archevêque était atteint, les a\.ni

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