TROISIÈME PARTIE
chevéque défendit à ses sujets de payer au sire de Beaujeu le cens d'un brotteau,ou terre à faire paître le bétail . près du pont du Rhône, brotteau dont les sires de neaujeu s'étaient emparés , ainsi que d'une demi-lieue au moins de terrain dans le voisinage des murailles de Sainte-Catherine : sur quoi Guiehard de Beaujeu fit prisonniers quelques sujets de l'archevêque, enleva leurs bestiaux, prit leurs meubles, et commit plusieurs autres actes d'hostilité. Ses officiers détachèrent des fourches de Saint-Sébastien , aux portes de Lyon , le corps d'un criminel condamné par les officiers de la justice de l'archevêque, et le firent attacher à un gibet dressé sur les limites des terres du sire de Beaujeu. Pour terminer ces différens, qui causaient de grands troubles , les parties choisirent des arbitres. Ceux-ci prononcèrent que le cens du brotteau se paierait, que tout ce qui avait été pris de part et d'autre serait restitué , que le corps du criminel serait reporté aux fourches de Saint-Sébastien, ou, à son défaut, un fantôme qui le représenterait ; que la publication des testamens se ferait à Lyon par les officiers des chanoines , que le seigneur de Trivier prêterait foi et hommage pour la moitié de son château de Beauregard au sire de Beaujeu , et pour l'autre moitié à l'archevêque de Lyon; qu'il mettrait deux pennonceaux ou pannonceaux , le premier aux armoiries de l'archevêque , et le second avec celles du sire de Beaujeu ; qu'ils y demeureraient l'un et l'autre
l'espace de trois jours, ci celui de l'archevêque deux jouis de plus, eu signe de supériorité. Cette sentence d'arbitrage ei d'accommodetrient fut prononcée à la fin du treizième siècle, au mois de juin '. dans le jardin des Templiers sur le bord de la Saône.
Mais le chapitre de Lyon parvint facilement à détruire celle rivalité des sires de BeaujeU : il eut recours dans les autres circonstances à la protection du monarque français , pour prévenir les désordres qui résultaient de leur dangereux voisinage. Il ne prévoyait pas que c'était appeler aux portes de Lyon un rival bien plus formidable. En effet, les rois de France saisissaient avec empressement toutes les occasions d'employer leur suzeraineié : quoique l'église de Lyon fût neutre et comme indépendante , ils accueillaient ses doléances, et en profitaient pour étendre leur pouvoir, pojur soumettre les petits despotes féodaux à la couronne. Aussi les sires de Beaujeu , après avoir inquiété les chanoines, ne purent lutter contre la monarchie française, et leur baronnie fut absorbée par elle. S'il n'en fut pas de même des comtes de Sa^ oie , dont les descendans régnent encore , cela se conçoit : maîtres d'assez vastes états, ils eurent la puissance de maintenir leurs prérogatives, et de faire respecter leur autorité.
Au milieu de ces fréquentes guerres, qui expo-