TROISIÈME PARTIE
vernemens despotiques, pendant que Les victimes gémissaient dans les cachots du donjon, Partillerie de cotte forteresse célébrait les fêtes solennelles de nos souverains, ou les saturnales du roi de la basoche ' allant en grande pompe sous la feuillée de l'île Barbe. Mais la révolution commença, et le peuple prit en main la vengeance du Ciel2, vengeance terrible, inévitable quand la tyrannie Ta rendue nécessaire, vengeance qui ne comprend que trop souvent les innocens avec les coupables, semblable aux trombes qui ravagent indistinctement les terres fertiles et les déserts. Neuf officiers du régiment de cavalerie de Royal- Pologne, soupçonnés d'avoir voulu faire émigrer leur régiment , avaient été renfermés dans le château de Pierre-Scise 3 ; la populace de la capitale se livrait déjà à toute sorte de crimes, celle de 1 von voulut l'imiter : elle se rendit en foule dans le château , s'en fit ouvrir les cachots, et massacra impitoyablement tous les officiers suspects. Après le siège de Lyon, « le cinquième jour de la pre- « mière décade du second mois de l'an n de la « république une et indivisible4, les représentais « du peuple, Couthon , Maignet, Châteauneufa Uandon et Sébastien de Laporte, en exécution
' Voyez dans noire Histoire les mœurs du Lyonnais jusqu'à la révélation, quatrième, cinquième et sixième partie.
- Cochard , Notice sur /c château de Pierj-e-Scitr. ' Le 9 septembre I79U.
i i e 26" octobre 1793.
« d'un décret de la Convention nationale, se sont « transportés au ci-devant château fort de Pierre- « Scise. Leur premier soin , en arrivant dans ce « séjour de la douleur, a été de rendre aux rnal- « heureux qui étaient détenus la visite de conso- « lation qu'ils leur devaient. Quelques-uns d'entre « eux, reconnus innocens, ont été mis en liberté , « et sont allés se réunir avec une joie attendris- « santé au grand nombre d'ouvriers qui avaient « été appelés pour la démolition. Les représentais « du peuple étant montés au sommet de cette « tour monstrueuse qui fut si long-temps l'effroi « du genre humain, ont rendu le ciel, impatient « de la voir tomber, témoin du coup mortel qu'ils a lui ont porté au nom du peuple et de l'huma- « nité. A ce signal, des milliers de bras se sont « levés pour écraser cet édifice hideux dont l'exis- « tence fait frémir la nature , et ne fut cependant « qu'un des moindres crimes des rois r. »
Telle a été pendant une longue série de siècles la citadelle des prélats. Il existe un grand nombre d'autres preuves de leur puissance féodale; il faut les exposer avec soin , car cette puissance fut l'unique source de tous les désordres du clergé et des guerres légitimes de la commune. Loin de nous la moindre pensée de compromettre la religion dans la peinture fidèle de ce période de
' Procôs-verbal des premières démolitions qui ont eu lieu dans Commune-Affranchie, frayez à la lin de ce! ouvrage, Histoire de T.y on pendant, la révolution française.
notre histoire : à relie époque, la morale de l'Evangile n'existait plus sur la terre , les plus viles passions des hommes lavaient remplacée; or, ce sont les passions des hommes que nous combattons. « Les historiens ont remarqué depuis pince sieurs siècles , dit Menestrier dans son Histoire « consulaire , que ce fut aussi la grandeur tem- « porelle qui fit naître dans l'Église romaine les « schismes qui la divisèrent; les démêlés des « papes et des empereurs, les guerres d'Italie et « toutes les dissensions de l'Europe, qui furent le « scandale des gens de bien, enlevèrent insensi- « blement aux peuples et à leurs maîtres l'obéis- « sance, le respect et l'attachement filial qu'ils « devaient avoir pour le Saint-Siège : l'acquisi- « tion du temporel ravit beaucoup de droits spi- « rituels par la confusion et le mélange de ces « deux puissances. » Menestrier dit encore dans son Eloge historique de la ville de Lyon: «Comme « l'autorité spirituelle , en fait de religion , est « une puissance absolue qui commande avec émit pire, et qui veut que l'on se soumette aux coince mandemens qu'elle fait sans y former aucun « obstacle ni aucune opposition, ceux qui règlent « le temporel subordonné à cette puissance, le « voulant porter aussi haut et le rendre aussi « absolu , font que souvent on se dispense de la « juste soumission que l'on devrait à leurs ordres. « On n'a pas pour les délégués le respect qu'on a « pour les maître*; et comme ces officiers abusent
« presque toujours du pouvoir et de l'autorité « qu'on leur remet, ils portent aussi fort souvent « à d'étranges extrémités ceux qu'ils ont sous « leur conduite. Nos citoyens se soulevèrent ;ui- « tant de fois qu'ils s'aperçurent de ces \iolences. « Ne trouvant plus de remède à un mal qui crois- « sait toujours, que de s'unir pour se défendre, « ils en choisirent entre eux cinquante des plus « puissans et des plus recommandables pour sou- « tenir leurs intérêts , et prendre un soin parties culier de veiller au bien public1. »
Durant ces siècles de féodalité, les églises voisines se corrompaient mutuellement par des exemples pernicieux. Une espèce de rivalité de primatie qui existait entre les deux églises de Lyon et de Vienne , leur faisait afficher beaucoup de faste dans les cérémonies , et déployer
1 Menestrier n'aurait pas mieux parlé sous un gouvernement conslitulionnel. Nous rendrons un compte plus détaillé des ouvrages, des opinions de ce savant laborieux, quand nous serons arrivés au temps où il vécut. Observons en passant que nous avons trouvé très souvent dans ses écrits des idées fort originales ; dans notre siècle, où l'on dispute sur les modèles à choisir pour écrire l'histoire , on devrait consulter ce passage de la préface de YElogeliistorique de Lyon , par Menestrier : « Nous « avons des originaux et des modèles de toutes ces formes d'histoire « dans les Ecritures saintes. La Genèse est une histoire généalogique , « l'Exode la relation d'un voyage, le Lévitiquc une histoire cérémo- « niale , le Deutéronome une histoire de droit , les Nombres une chro- « nique ; l'histoire des Rois est une histoire générale ; celle de Job, un.' « histoire figurée qui a ses dialogismes, ses harangues el ses réflexions ; « Tobie est une histoire morale ; Judith , Esther et Rut h sont des vies . > 1rs Paralipoménrs des mémoires, les Machabées une histoire parlicu- <« lière , les Actes des apôtres une histoire mêlée. »