TROISIÈME PARTIE
un grand appareil dans les actes du pouvoir. Les prérogatives extorquées aux empereurs par ces deux églises, étaient les mêmes; elles battaient monnaie lune et l'autre; le château de Pierre- Scise ne fut choisi pour forteresse des prélats de Lyon , qu'à limitation des archevêques de Vienne. Voici comment. Conrad n, roi des Romains, ayant trouvé dans les archives de son empire que la ville de Vienne et le château Pipet étaient de son domaine, mais que la garde en appartenait durant son absence à l'archevêque et aux chanoines d( la cathédrale de Saint-Maurice, le leur céda tout à-fait par une pure concession de fief, avec obligation d'hommage et serment de fidélité. L'archevêque de Vienne Humbert ayant voulu se mettre en possession de celte garde en retenant lui-même les clés du château Pipet , fut attaqué par les comtes de Viennois ; ces derniers , à raison de leur dignité et de leur prééminence, croyaient que cette garde convenait mieux à leurs habitudes guerrières qu'aux fonctions pacifiques des chanoines. Humbert en appela au seigneur suzerain. L'empereur confirma les droits du prélat , et commanda à ses feudataires de seconder de tout leur pouvoir l'archevêque et le chapitre, pour les maintenir dans leur possession, « ne "voulant pas permettre, « comme il le dit dans ses lettres , qu'aucune « puissance tyrannique dépouillât l'église de ses < anciens droits, et l'empêchât de jouir des libé- « ralités de ses prédécesseurs; ordonnant que le
« château de Pipet fut remis à l'archevêque pour « la garde et la sûreté de la ville». Quelque temps après, les archevêques de Lyon eurent aussi leur citadelle; seulement elle était moins favorablement placée, car le château Pipet domine la ville de Vienne d'une manière remarquable.
Tels furent leurs droits féodaux sur le châteaufort de Pierre- Scise. Ce palais gothique était entouré dans le moyen âge de murailles très épaisses , construites sur le rocher au bord du précipice : on en voit des vestiges. Une terrasse s'étendait du côté du midi ; elle était ombragée par un arbre touffu , et arrosée d'une source limpide. Le fort se terminait d'un coté, sur la rive droite de la Saône, par une porte solide placée à la tête d'un faubourg étroit et tortueux; pour faire communiquer de la porte sur la plate-forme, un escalier était taillé dans le roc. De l'autre coté , la forteresse, quoique séparée de la montagne de Fourvières par un large fossé, se liait avec le bastion de la colline voisine et les quartiers de Fourvières, Saint-Just et Saint-Irénée, par une ligne de murs élevés sur les débris de la ville romaine.
Mais le château de Pierre -Scise était de peu d'importance en comparaison du cloître de Saint- Just et de ses nombreuses tours. Nous avons observé dans le second volume que les arehe\rques, après les premiers ravages des barbares, avaient fait reconstruire l'église des Mâcha bées avec une