‹ Histoire de LyonChapitre 61 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

empereur qui ait osé porter habituellement des habits de pure soie. Avant lui, Trajan et Marc- Aurèle n'avaient jamais accepté les chlamydes de soie que mettaient à leurs pieds les peuples vaincus. Aurélien refusa une robe de ce tissu précieux à l'impératrice son épouse : « Jupiter me préserve, « s'écria-t-il , de donner tant d'or pour si peu de « fil ! » Une livre de soie valait scrupuleusement à cette époque une livre d'or, c'est-à-dire cent fois plus que de nos jours. Vers le milieu du sixième siècle, sous Justinien, le luxe des soiries se répandit dans l'empire, qu'il apauvrissait en enrichissant un ennemi de l'empire, la Perse, d'où l'on tirait celte matière ; mais , au rapport de Procope de Césarée , Justinien vit arriver à sa cour deux moines qui venaient de l'Inde; ils demandèrent à y retourner à ses frais, et s'engagèrent à rapporter des vers à soie. Ces offres furent acceptées , et les moines remplirent leurs promesses. Justinien encouragea de toute sa puissance une industrie qui devint la principale richesse de l'empire d'Orient, et qui, selon la remarque de Montesquieu, retarda la chute du trône de Constantin. Ainsi ce ne fut plus de la Chine, ni de l'Inde, ni de la Perse, mais des rives du Bosphore que sortirent les étoffes de soie dont se revêtirent les rois du moyen âge. Les croisades, au milieu de toutes les révolutions qui les accompagnèrent, accrurent les richesses et le commerce des états d'Italie, et particulièrement

celui qu'ils faisaient dans l'Orient; non seulement ils en tirèrent des marchandises de l'Inde, mais ils établirent dans leur propre pays des manufactures d'un travail recherché. Ces conquêtes de l'industrie sont toujours les plus utiles : les étoffes de soie n'auraient pas été la plus riche partie du butin que firent les croisés en Orient, s'ils n'avaient apporté avec eux les procédés de fabrication. Royer i, roi de Sicile, emmena d'Athènes un certain nombre d'ouvriers en soie, et les établit à Palerme, ce qui introduisit la culture de la soie dans son royaume, d'où elle se communiqua aux autres parties de l'Italie. « lnsensi- « blement, dit Mézeray, le reste de l'Italie et de « l'Espagne apprit des Siciliens et des Calabrois « la manière de gouverner le vers à soie, et de « fabriquer les soiries. Cette marchandise devint « alors si commune , que vers le milieu du quacr torzième siècle on vit jusqu'à mille citoyens de « Gènes paraître dans une procession vêtus de « robes de soie. A la longue, les Français, par « droit de voisinage, commencèrent à les imiter « un peu avant le règne de François ier.» Les fabriques de soirie lyonnaises datent de Louis xi. Elles durent leur établissement dans noire ville à des Florentins et des Lucquois qu'avaient repoussés de leur pays les querelles sanglantes des Guelfes et des Gibelins*. Mais au treizième siècle

' T'oyez pour plus de détails M'ézeraj , Montesquieu . Robertsou :

Lyon n'était qu'un entrepôt de ces riches marchandises.

Toutefois, c'était aux croisades que les Lyonnais de cette époque devaient leur prospérité commerciale. Cependant tout n'était pas bonheur : outre la jalousie et la rapacité des chanoines que Tétat plus fortuné des bourgeois excitait chaque jour, les croisés avaient apporté de la Palestine une maladie très désagréable. Dieu , pour abaisser l'orgueil des humains, semble avoir placé, dans sa haute sagesse, les douleurs profondes tout près des plaisirs les plus vifs, la dégradation physique et morale des hommes à côté des richesses, et toute sorte de maux au milieu des grandes découvertes. On sait le présent particulier que Christophe Colomb fit à l'Europe en lui donnant l'Amérique. Les fléaux que les croisés rapportèrent de leurs aventureuses expéditions furent la peste et la lèpre '. La première de ces deux maladies désola souvent Lyon ; quant à la seconde, nous trouvons dans le testament de Humbert de l'Œuvre, chapelain perpétuel de la cathédrale , qu'il était propriétaire d'une maison de lépreux située vers les arcs de Sainte-Foy. Non

Pline, liv. vi et liv. xxi ; Procop., de Belio pcrsico, lib. i , et de Belle» vandaltco, lib. u ; fopiscus in Aureliano ; Giannon, Ht st. di ISap. ; Muralori, Antiq . , vol. 11 ; Histoire de C Académie des Inscriptions , tom. xlvi ; Grognier , Recherches historiques et statistiques sur le mûrier, mémoire inséré dans les Archives du Rhône ; Encyclopédie, articles Soie et Soiries.

1 inventaire général de» artlUùe» municipales, article Léphli:.*.

m HISTOIRE DE LYON,

loin de là était une maladrerie sous l'invocation de saint Martin. Dans le même temps, la lèpre fit des progrès si effrayans en France, que sous Louis vin on comptait deux mille léproseries. Lyon en avait quatre : celle de la Madeleine, au delà du Rhône ; celle de la montée de Balmont , à Vaise; celle de Saint- Irénée ou du Greffol, enfin celle de Sainte-Fov.

On allait prendre le lépreux en procession , chez lui, avec la croix et l'eau bénite. 11 précédait la croix. On le conduisait à l'église où il entendait la messe, assis dans la nef. La messe finie, le curé avec les paroissiens s'approchaient de lui, et lui adressaient cette exhortation : « Mon ami y « il plaist à nostre Seigneur que tu soyes infect « de ceste maladie, et te faist nostre Seigneur « une grant grâce quand il te veult punir des « maux que tu as faict en ce monde. Pour quoi « aye pacience en ta maladie; car nostre Seigneur « ne te desprise point, ne te sépare point de sa « compagnie, mais se tu as bonne pacience, tu « seras saulvé comme fust le ladre qui mourut « devant l'ostel du mauvais riche, et fust porté « tout droit en paradis. » Le prêtre bénissait ensuite son habit ou son manteau , et le lui remettait en disant : a Yois-lu ta robe que l'église te « baille, en toi défendant que jamais tu ne portes « robe d'autre façon , afin que chescun puisse « cognoistre que tu es infect de ceste maladie , et « afin que l'on te donne plutost l'aumosne pour

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