‹ Histoire de LyonChapitre 62 sur 223 · TROISIÈME PARTIE. M<S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. M<S

« l'amour de nostre Seigneur. » Après, le prêtre bénissait les gants et les lui donnait, disant: » VOis-tu ici des gants que l'église te baille, en « toi défendant que quand tu iras par les voies « ou aultre part, que lu ne touches à main une « auculne chose, mais tu ayes mis les gants, afin « que ceux lesquels ne sont point infects de ceste « maladie ne touchent auculne chose après toi, « et que par le moyen du touchement que l'on « feroit après toi, l'on ne fust infect de ta mala- « die. L'église te commande que quand tu iras « par les voies, et tu rencontreras une personne « saine, que tu lui faces place; que tu ne con- « verses point, jamais, avec ceux qui ne sont « point infects de ceste maladie, tant en maison « comme aultre part ; que jamais tu n'entres en « l'église jusques à la mort, afin que par la con- « versation que tu feroys avec les sains, qu'ils ne « fussent infects de ta maladie. Je te prie que tu « prennes en pacience et en gré ton mal , et en « remercie nostre Seigneur : car si ainsi le fais , « tu feras ta pénitence en ce monde, et combien « que tu soyes séparé de l'église et de la coince pagnie des sains, pourtant tu n'es pas séparé « de la grâce de Dieu, ne aussi des biens que l'on « faict en notre mère sainte église. » Enfin le prêtre l'accompagnait avec la croix jusqu'au lieu des infirmes, en l'avertissant de garder toujours « sa pacience par laquelle il puisse obtenir la vie « éternelle ».

Mais le commerce déjà florissant faisait oublier tous les maux. Cette prospérité causée par les croisades excita donc la jalousie et la rapacité des chanoines. Les citoyens se soulevèrent toutà-coup ■ au sujet des impôts placés arbitrairement sur les denrées et les marchandises. Ils étaient exigés avec tant de rigueur par les officiers de l'archevêque et du chapitre, que les murmures , d'abord concentrés , dégénérèrent en sédition ouverte. Philippe-Auguste, forcé de quitter Paris momentanément, avait fait appeler à la même époque les sept principaux bourgeois, et les avait établis défenseurs de la cité sous le nom d'échevins; les membres de cette nouvelle commune se réunissaient dans un hôpital de Saint -Jacques, qui prit le nom de Parloir des marchands : là fut placé dans la suite le couvent des frères prêcheurs appelés Jacobins. Les bourgeois lyonnais ayant appris cet établissement de communauté tout à l'avantage des marchands , résolurent, de leur propre autorité, de faire dans leur ville un établissement semblable pour se gouverner eux-mêmes, et se mettre à l'abri des insultes du clergé. Cependant il fut alors momentanément transigé pour les droits à percevoir, moyennant une somme de mille sous lyonnais. Les bourgeois raisonnables qui ne voulaient point compromettre leur fortune naissante, di-

i Années 1200, 1201, 1202.

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