‹ Histoire de LyonChapitre 69 sur 223 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

faisaient fermenter les esprits , agitaient les populations, troublaient les pontifes et les rois, niais développaient d'une manière extraordinaire le génie des citoyens. Au milieu de ces circonstances favorables, comme toutes les révolutions, aux progrès de l'esprit humain, le voisinage de l'Italie fit la fortune de Lyon. Sa position indépendante attira tour à tour les partis vaincus : les papes vinrent y étaler leurs pompes magnifiques ; les citoyens fugitifs y apportèrent les arts, les lettres, le commerce, l'industrie, et des richesses immenses. Nous verrons dans la suite que les mêmes relations de la cité lvonnaise avec 1Ttalie et l'Allemagne, lui firent prendre une très grande part aux déplorables querelles de la réforme et de la ligue.

Frédéric Barberousse , dont nous avons parlé si souvent, et qui jouissait d'une ombre de suzeraineté sur la ville de Lyon , avait laissé pour héritier son fils Henri vr, marié avec l'héritière du royaume de Sicile. Henri mourut; sa femme Constance le suivit une année après dans la tombe, laissant à son fils Frédéric u un riche apanage , et le pape Innocent ni pour tuteur. Pendant la minorité de ce prince, deux partis, expressions véritables des idées politiques de son siècle, se fortifièrent en Allemagne. Leurs noms étaient insignifians, mais leurs débals représentaient aussi les besoins de la civilisation de leur époque, in iief ou château de Conrad le Salique, appelé Ghei-

beling ou // aibling. el situé dans Je diocèse d'Augsbourg, avail transmis à Ja famille de cel empereur le nom de Gheibeling ou Gibelins.

L'ancienne famille des Guelfes ou "W'clf, dont l'un fut l'époux de Mathilde, donatrice des biens du Saint-Siège, et dont quelques autres possédèrent la Bavière, avait eu plusieurs démêlés avec les empereurs descendans de Conrad : le nom de Guelfe devint alors celui d'un parti d'opposition dans l'empire. Le but continuel de la politique des souverains d'Allemagne était de transporter le siège de l'empire en Italie, et par conséquent de détruire la puissance temporelle des pontifes ; plusieurs firent la guerre aux cbefs de l'église. Les Guelfes, leurs antagonistes, prirent la défense des papes : de là les dénominations que portèrent pendant si long-temps les hommes qui voulaient s'affranchir de toute souveraineté temporelle de la cour de Rome, et ceux qui désiraient, au contraire, étendre sa suprématie sur toutes les couronnes. Innocent ni, Honorius, Grégoire ix, et surtout Innocent iv, furent les défenseurs les plus ardens de ce dernier projet : être maître de l'Italie pour dominer plus facilement les souverains, fut leur idée principale. Les noms de Guelfes et de Gibelins devinrent, dans les républiques italiennes, les synonymes d'esclavage et de liberté; et, chose extraordinaire, ils représentèrent tour à tour l'un et l'autre. Les bulles d'Innocent i\ données à Lyon expliqueront ce fait politique.

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