‹ Histoire de LyonChapitre 70 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Toutefois, les papes élevèrent dans leur sein eelui qui devait être un obstacle formidable à leur ambition. Frédéric n monta sur le trône : de Guelfe qu'il était dans sa jeunesse , il devint Gibelin après son émancipation. On connaît les événemens nombreux qui se passèrent durant les premières années de son règne; on connaît ses aventures chevaleresques , ses voyages dans la Palestine, les excommunications multipliées lancées contre lui sans résultat, sa croisade contre Grégoire i\, et le combat naval où il s'empara de presque tous les prélats de la ebrétienté. Dans un temps où les peuples auraient été moins superstitieux , et les républiques italiennes du moyen âge moins soupçonneuses, les prétentions arrogantes de la cour de Rome eussent été pour toujours anéanties ; mais Lyon devait être témoin d'un grand scandale , et tous les partis devaient être humiliés. Grégoire ix, le plus intrépide antagoniste de Frédéric n , mourut, et légua à ses successeurs le soin de le venger; car, de même qu'un empereur d'Allemagne en ceignant sa couronne était nécessairement Gibelin, un pape, quelle que fut l'indépendance de ses idées , était Guelfe sous la tiare. Après un long interrègne causé par la captivité des prélats et par les dissensions du sacré collège , les cardinaux assemblas a \gnani élurent1 le cardinal Fiesque,Gé-

• Le 26 juin 1245.

nois, de la maison des comtes de Lavagna , attaché à l'empereur. Ce prince dil : « Fiesque était « mon ami, le pape sera mon ennemi ». En effet, Innocenl i\ commença ses fonctions apostoliques par demander à l'empereur toutes les villes de l'état ecclésiastique , l'hommage de ISaples et de Sicile, et presque la couronne d'Allemagne; il ne voulut point l'absoudre des excommunications de (Grégoire avant qu'il eût secouru les chrétiens de la Palestine. Frédéric avait un génie trop profondément rusé pour quitter ses états, et laisser le champ libre aux intrigues de ses ennemis. Sur le refus du prince de se faire absoudre en abdiquant, le pape fit le serment d'anéantir sa puissance, et le sort choisit Lyon pour être le théâtre de cet attentat.

C'était donc une lutte à mort qui allait commencer entre deux rivaux infatigables. L'un était adroit , souple , vindicatif. « On ne peut , dit « Colonia, s'empêcher de reconnaître en lui du « zèle et des lumières avec un caractère hautain « et inflexible. » Il connaissait à merveille le secret de soulever les masses ; il les flattait, il leur parlait le langage de la liberté. Nous verrons que les bourgeois de Lyon lui durent des bulles tout-à-fait libérales. Innocent îv essayait le système qui fut mis à exécution en France dans le seizième siècle, cl que plusieurs fanatiques voudraient ressusciter de nos jours : système désastreux, qui consiste à armer les populations su-

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