TROISIÈME PARTIE. L
facile à séduire : les barons et la reine Blanche firent répondre an pape qu'on ne souffrirait point qu'il \int s'établir dans le royaume. On appréhendait que sa présence ne nuisit à l'autorité royale. On ne voulait point d'ailleurs paraître autoriser les i iolences que la cour de Rome méditait contre Frédéric '. Le pape essuya de la part des cours d'Angleterre et d'Aragon , outre un refus pareil fondé sur les mêmes raisons , des reproches sanglans tant sur sa conduite envers l'empereur que sur ses exactions pour subvenir aux dépenses de sa cour. En Angleterre surtout, on lui répondit ce qui lui fut ensuite reproché en plein concile : a Nous lirez par vos Italiens plus de soixante « mille marcs par an du royaume d'Angleterre , « vous taxez toutes nos églises , vous excommu- « niez quiconque se plaint : nous ne souffrirons « pas plus long-temps de telles vexations. » Ainsi rebuté de toute part, et ne trouvant nul appui chez les princes, Innocent iv prit la résolution de se retirer à Lyon, ville qui, sujette d'un souverain ecclésiastique, semblait lui offrir une retraite assurée contre les violences de l'empereur, et un lieu propre au dessein qu'il méditait2.
Le pontife arriva à Lyon escorté par Thomas de Savoie, frère du comte Ame iv, dont il avait traversé les états. Il choisit son logement dans
1 Pelitot, Tableau du règne de saint Louis.
2 Voltaire, Annales de l'empire ; Poullin de Lumina, Histoire chronologique de Lyon ; Petitot, Préface des Mémoires de Joinville.
la forteresse de Saint-Jusl qui réunissait tout a la fois la sûreté d'un bourg bien fortifie* et les agrément d'un palais somptueux : seulement sur cette1 colline assez élevée, son cœur devait saigner très souvent en voyant les Alpes italiques. Les chevaliers du Temple, et ceux qu'on nommait Hospitaliers, lui formèrent une garde d'honneur, au grand détriment des chanoines, dont ils dévoraient les revenus; mais leurs habitudes fastueuses enrichirent les bourgeois qui leur vendaient chèrement toute sorte de marchandises de luxe. Les Italiens étaient si prodigues sous ce rapport, que la dignité de l'archevêque se trouva entièrement éclipsée par l'éclat de la tiare. Aimery , homme simple et moeleste, qui était alors prélat de Lyon, se relira dans son château de Pierre-Scise, abandonnant son faible troupeau et les biens de son église à la voracité des nouveaux venus.
Peu de temps après son arrivée, Innocent iv écrivit à tous les prélats de la chrétienté, pour leur ordonner de venir en personne au concile qu'il indiquait à Lyon , le jour de fête de la Saint- Jean : a Sachez, leur disait-il, que nous avons cité « publiquement Frédéric pour paraître devant « nous ; venez donc en personne , nous vous l'or- « donnons afin que l'église reçoive de vous un « conseil utile1; vous ferez part de mes intentions
» « La sentence portée Contre Frédéric dans le concile de I.yon. né fut p.is revêtue des mémos formalités que les autres décrets du concile. Elle fut prononcée par le pape in concLlto . sacro prasente concHio. I -