TROISIÈME PARTIT
Lrs prélats accoururent donc à Lyon comme des esclaves dévoués. La première assemblée eut lieu le vingt-six juin", dans le réfectoire des chanoines de Saint-Just. Afin de se faire une idée de L'importance que le pape ajoutait au résultat de ce concile, il faut se rappeler qu'alors, pour la première fois, les cardinaux portèrent un habit de pourpre \ L'intention du souverain pontife, suivant quelques historiens, était de rappeler l'autorité absolue des Césars, et selon d'autres , de faire ressouvenir les prélats qu'ils devaient être toujours prêts à verser leur sang pour l'église. Mais comme l'habit de pourpre était en ce temps là la parure particulière des chanoines, le pape, pour caresser leur vanité et l'empêcher d'être blessée d'une innovation qui leur dérobait des marques honoritiques , les dédommagea par une prérogative spéciale : il leur permit de porter la mitre lorsqu'ils officiaient solennellement.
On vit dans la première réunion du réfectoire Baudouin n , empereur de Constantinople , les comtes de Toulouse et de Provence, cent quarante archevêques ou évêques, les patriarches latins de Constantinople et d'Antioche, celui d'Aquiléc. Ce dernier était Berthold, fils du duc de
liilé : Parallèle du christianisme dans son état primitif, avec les gouvernement reprèsentatijs tels cjue nous les voyons.
i De L'année 1245.
1 II parait , d'après les historiens, que ce fut dans la seconde session du concile qui: l'habit de pourpre fut donné aux cardinaux.
Moravie, frère de sainte Hedwige reine de Pologne, et de sainte Elisabeth, reine de Hongrie ; car tous les peuples barbares ont été convertis par des saintes. Berthold venait sans doute implorer son pardon : quelques années auparavant, Grégoire îx l'avait excommunié pour avoir refusé de publier ses bulles contre Frédéric , et pour avoir communiqué avec ce prince, malgré l'anathème prononcé contre lui. On remarquait aussi dans cette assemblée, outre l'innombrable réunion des fonctionnaires de l'église lyonnaise, tels que chevaliers , sénéchaux , courriers , chamariers , doyens et custodes , une foule de procureurs des prélats qui étaient retenus prisonniers par l'empereur d'Allemagne et des évêques qui n'avaient pu se rendre au concile. On y voyait enfin tous les députés des chapitres.
Les assistans furent profondément affligés , en y cherchant en vain quelques fidèles des églises hongroises : leur absence annonçait les ravages des ïartares , et faisait frémir sur la déplorable situation de cette frontière de la chrétienté. 11 est vrai aussi, que peu de prélats allemands s'y trouvèrent, dans la crainte de déplaire à leur souverain, et de subir le sort des cardinaux qu'il avait fait pendre ou qu'il détenait dans des cachots. De tous les évèques delà Terre-Sainte, il n'y vint que celui de Béryl e ; les autres étaient dans les fers des barbares; ils supportaient les tristes résultais des dissensions de plusieurs princes croisés pour