TROISIÈME PARTIE. IG
la Palestine. Le roi de France, Louis i\, malgré ses habitudes superstitieuses et les préjuges de son temps, quoiqu'il fût encore clans la première jeunesse, sentait la nécessité de tenir la balance entre les deux rivaux, le pape et l'empereur; le génie de sa mère Blanche fut aussi dans cette circonstance un de ses meilleurs conseillers : il sut allier le respect qu'il devait au saint-siége , avec son attachement pour l'indépendance temporelle des souverains , et résista aux sollicitations du pontife, qui le pressait de venir à Lyon. Ses ambassadeurs conseillèrent une croisade nouvelle et exhortèrent les esprits à la paix. Ceux d'Angleterre, sans entrer d'abord dans aucune discussion politique , ne parurent dans l'assemblée du réfectoire que pour demander la canonisation de saint Edme , archevêque de Cantorbéry. Le pape leur répondit d'une manière un peu mondaine qu'il avait des choses plus importantes à terminer avant de s'occuper à faire des saints.
Mais Thadée de Suesse, ambassadeur de Frédéric, et suivi de plusieurs grands personnages de la cour d'Allemagne , se montra tout-à-coup dans la foule. Son air sévère et déterminé imposait aux prélats : « Je vois , s'écria-t-il avec ferce meté, quelles peuvent être les affaires sérieuses « qui occupent l'imagination du saint -père: ré- « duire le souverain de l'Allemagne à un fantôme « de souveraineté, bouleverser l'Italie, faire coure 1er le sang, voilà l'objet qui vous rassemble.
iCi HISTOIRE DE LYON.
« La paix et la concorde no conviendraient-elles « pas mieux à votre mission? Songez, Prélats, aux « maux infinis que vous allez répandre sur la « terre, et apprenez les intentions démon maî- « tre: il est moins ambitieux et plus humain que « ceux qui l'ont calomnié; il veut rendre le bien « pour le mal ; il reconnaît la suprématie spiri- « tuelle du pontife de Rome, mais il ne le recon- « naîtra jamais pour son seigneur temporel. Cece pendant écoulez: pour témoigner sa vénération « au chef de l'Église, Frédéric promet de s'oppo- « ser seul aux ravages des Tartares, de combattre « tous les ennemis de l'Église quels qu'ils soient; « d'aller à ses dépens , en personne, dans la Terrece Sainte pour la retirer de la puissance des infi- « dèles qui l'ont envahie; enfin, ô Pape! il jure « par ma voix de vous rendre tous les domaines « qui forment la principauté de l'Église, d'accroi- « tre votre autorité temporelle sur la bourgeoisie « de Rome, et de mériter par ses actions que « vous leviez toutes les excommunications lance cées contre lui. Dissolvez donc une assemblée « qui ne peut désormais avoir pour but que de « semer partout la haine, la désunion, l'impiété, « et de faire égorger entre elles les populations.... » a — Ton maître a peur, répliqua le pontife; son « hypocrite soumission ne le sauvera pas. Nous « lui montrerons bientôt que l'an a thème de Dieu, « prononcé par ses ministres, est plus redoutais ble que les armes mondaines. L'impie rugira
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