TROISIÈME PARTIE
« son de se fier aux Sarasins, de leur abandonner « une ville de la Sieile ? Ce qui afflige le pape, « c'esl de voir en eux des défenseurs incorrup-
« tibles. Plus qu'un mot, Princes de l'Eglise: le « but du souverain pontife est trop manifeste « pour ne point le prévoir; il veut une condam- « nation solennelle , la prononcerez-vous avant « d'avoir entendu l'accusé? »
A ces mois le pape effravé et craignant que la justice de cette demande n'entraînât les suffrages des assistans, se leva précipitamment et repondit avec émotion : « Gardez-vous de permettre à l'ac- « cusé de venir ici ! Vous connaissez sa profonde « malice et ses cruautés inouies ; je redoute les « pièges que j'ai eu tant de peine à éviter ; je ne « me sens par encore assez de force pour m'ex- « poser au martyre. » Et sur-le-champ il sortit de l'Eglise.
Pour arriver plus promptement au denoûment qu'il désirait, Innocent iv ne mit que cinq jours d'intervalle entre la première et la seconde session du concile. Le mercredi, cinquième jour du mois de juillet, on se réunit dans la même église et avec les mêmes cérémonies; mais la séance fut plus orageuse. On ne s'y occupa que des prétendus crimes de Frédéric. Oudar, évêque de Calvi , autrefois moine de Cîteaux, et alors exilé pour ses intrigues , y déclama avec beaucoup d'emportement contre ce prince. Après avoir renouvelé tous les chefs d'accusation exposés par le pape dans
la première session , il insista principalement sur sa vie el sur ses mœurs ; il le représenta comme un prince souillé de toutes sortes d'abominations , comme un impie qui voulait réduire le clergé à la pauvreté de celui de la primitive église, comme un persécuteur plus détestable que les Néron et les Dioclétien ; enfin, il soutint son accusation avec toute l'animosité des moines de son ordre, que Frédéric avait cbassés de ses états. Un archevêque d'Espagne se leva ensuite, et, parlant avec toute la véhémence des dominicains, chargés depuis peu de temps de torturer les hérétiques , il exhorta le pape à fulminer ses excommunications contre Frédéric , à le déposer, à le poursuivre jusque dans le séjour des âmes criminelles. La voix de l'Espagnol retentit avec un agréable fracas au milieu d'une foule d'évêques, païens ou amis de ceux que l'empereur d'Allemagne avait fait prisonniers dans un combat naval. On sait en effet , que Grégoire ix , quelque temps avant sa mort , avait essayé à Rome ce que le pontife Innocent iv exécutait à Lyon ; qu'il avait convoqué un grand nombre de prélats; qu'au moment où une flotte génoise les transportait en Italie , Frédéric s'en était emparé et retenait captifs dans des cachots tous ceux qui allaient à Rome conspirer contre lui.
Les païens de ces prisonniers entendirent donc avec joie les accusations foudroyantes qui pesaient sur la tête du persécuteur. Ils se lèvent