‹ Histoire de LyonChapitre 88 sur 223 · TROISIÈME PARTIE. IS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. IS

tumultueusement , reprochent cette action à l'ambassadeur de Frédéric, et demandent justice au pape. Mais Thadée, sans être intimide, commence par jeter un regard de courroux sur l'évèque de Calvi : « Vous êtes le frère d'un traître, lui dit-il, « que mon maître à fait pendre pour ses crimes , « et vous marchez sur ses traces. » Puis adressant la parole à toute l'assemblée, il ajouta : « On parle « sans cesse du combat de la flotte impériale con- « tre les Génois ! Qui l'a causé ce combat , si non « ceux qui ne peuvent souffrir en Italie d'autres « dominateurs que leurs personnes? Quoi! pence dant que des prélats étrangers viendront de « toutes les parties du globe, ébranler son trône, « au milieu même de ses étals , Frédéric n'aura « pas le droit de rompre leur infâme ligue! Il se « livrera pieds et poings liés à ses plus féroces « ennemis ! Pour épargner un grand scandale à « la chrétienté, n'a-t-il pas averti les perfides que « s'ils s'embarquaient ils seraient punis? Pourquoi « donc lui faire un crime d'une persécution qu'ils « ont méritée? »

— « Mais pourquoi , répliqua le pontife , ne fit-il « aucune différence entre les prélats qui venaient « au concile avec des intentions pieuses, et ceux « qui étaient armés pour lui nuire. »

— ce Ils étaient tous coupables, reprit Thadée; « quoique prisonniers, n'eurent-ils pas l'insolence « de menacer Frédéric? L'évèque de Palestine, « qui se disait légat du pape , poussa le res-

« sentiment jusqu'à excommunier l'empereur en « face ! »

— « Cétait la voix; de Dieu qui parlait en lui , « s'écria le pape; nous irons aujourd'hui plus loin « que l'évèque de Palestine. »

— « Ce ne sera pas sans m'en laisser aver- « tir mon maître», répondit Thadée avec dédain et avec la ferme intention déconseillera Frédéric de venir à Lyon avec une armée nombreuse. Le pape réfusait encore le plus court délai; mais les ambassadeurs de France et d'Angleterre, qui commençaient à voir où tendait le despotisme du pontife , voulurent qu'on satisfit à la demande si juste de Thadée. La crainte de mettre encore contre lui deux autres puissances assez formidables détermina le pape à n'accorder que douze jours, pour que Frédéric n'eût pas le temps de réunir des troupes.

Le dix-septième jour du mois de juillet, on reprit les délibérations du concile. Les prélats traitèrent cette fois des affaires de la religion. Les mœurs du treizième siècle se trouvent dans leurs ordonnances : on y lut des réglemens concernant la procédure judiciaire, où l'on remarque l'esprit de chicane qui régnait alors parmi le clergé. On fit un décret particulier pour secourir l'empire latin de Constantinople, réduit à la seule ville impériale, que le Grec Valace tenait assiégée. On assigna la moitié des revenus pendant trois ans de tous les bénéfices où les titulaires ne résideraient

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