‹ Histoire de LyonChapitre 89 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

pas en personne au moins pendant six mois; on ordonna que ces sommes seraient remises en Ire les mains de ceux qui en seraient charges par le pape. Cependant les croisés répétaient depuis long-temps que cet argent était presque toujours détourné au profit de la cour romaine. On s'en plaignit même au concile de Lyon en présence du pontife; il n'y eul aucun égard: il avait besoin d'argent pour payer sa garde, et Constantinople fut abandonnée.

On s'occupa bien aussi, dans la troisième session du concile, des ravages des Tartares en Russie, en Pologne et en Hongrie. Pour y remédier, le pape ordonna aux babitans de ces pays désolés de fermer l'entrée de leurs bourgs par des fossés et des murailles, et il promit de les aider de ses propres deniers pour contribuer à ces dépenses. Mais au milieu de ces réglemens illusoires et de ces promesses plus trompeuses encore, la cour de "Rome ne s'oubliait pas : le pape fit tirer des copies de tous les privilèges accordés à l'Eglise par les empereurs, les rois et les autres princes; il y fit mettre les sceaux de tous les prélats qui étaient présens, afin que ces copies pussent avoir la même autorité que les originaux. Déjà on arrivait à la fameuse donation de Jean-Sans-Terre; les ambassadeurs anglais , qui avaient ordre de leur maître de veiller à ce qu'il ne se passât rien qui pût compromettre la dignité de sa couronne, se levèrent pour en empêcher la lecture, et, re-

prochain aux prélats italiens leurs odieuses exactions, ils firent eux-mêmes la lecture d'une lettre adressée au pape au nom de tout le royaume

d'Angleterre '.

Elle était ainsi conçue : « Nous avons accordé « depuis long- temps à l'Eglise romaine, notre « mère, un subside honnête, nommé le denier « de Saint-Pierre. Elle ne s'en est pas contentée: « ses légats, ses nonces, ses missionnaires ont « demandé d'autres secours. Nos ancêtres avaient « fondé un grand nombre de monastères et leur « avaient accordé l'investiture de plusieurs béné- « fices. Que sont-ils devenus? Vos prédécesseurs, « souverain Pontife, voulant enrichir les Italiens, « leur ont donné toutes les chapelles, au préju- « dice de nos frères et de nos parens. De plus , « bien loin de s'acquitter de leurs devoirs, ils « dépensent aujourd'hui en objets de luxe , en « cérémonies frivoles, en repas somptueux, des « revenus considérables , sans faire les aumônes « et sans exercer l'hospitalité, qui sont les mo- « tifs de nos saintes institutions. Les querelles « qui déchirent le sein de l'Eglise, augmentent « chaque jour ces abus. Un de vos docteurs est « venu en Angleterre comme une harpie ; il a « conféré à des Italiens tous les bénéfices vacans « à l'insu des patrons ; il réserve à la collation « du saint-siége ceux qui viendront à vaquer ; il

1 Poullio <lc Lumiaa, Labbé et Matthieu Paris.

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