TROISIÈME PARTIE
concile une suite interminable de malheurs, s'écriait : « O jour de colère, de calamité et de mite sère ! » puis il se frappait la poitrine et répandait des torreûs de larmes.
Son maître, plus insouciant, apprit à Turin la sentence qui venait de le foudroyer , et il s'en moqua. Il se fit donner la couronne impériale que les souverains d'Allemagne portaient toujours avec eux; et la mettant sur sa tète : « Le pape, dit-il, « ne me l'a pas encore ravie, et, avant qu'on me « l'ote il y aura bien du sang répandu ». Cependant malgré cette légèreté apparente, il ne perd point de temps : il envoie à tous les princes de la chrétienté des lettres conçues d'une manière différente suivant le caractère de chacun d'eux ; il observe à la plupart , qu'il n'est pas le premier que le clergé ait aussi indignement traité et qu'il ne sera pas le dernier; il ajoute que les princes sont la cause de cette conduite scandaleuse de la cour de Rome, en obéissant comme des esclaves serviles aux pontifes hypocrites : leur ambition effrénée n'excite -elle pas l'indignation , et leurs moindres actions ne font-elles pas frémir la nature? Quant à sa lettre à Louis lx qui eut le bonheur, après sa mort, d'être canonisé, Frédéric la composa avec beaucoup de ménagement. Quoique le Roi de France n'approuvât pas la dégradation de Frédéric, il eut la faiblesse de faire afficher et publier dans tout son royaume la sentence prononcée contre l'empereur. Celui-ci s'en plaignit,
mais cependant il voulut s'en rapporter à la probité du monarque fiançais, et, pour s'en faire un partisan il lui écrivit « que pour ce qui était « du temporel, il n'avait point sur la terre d'au- « tre juge que Dieu seul; que, suivant la foi ca- « tholique, il reconnaissait que Jésus-Christ avait « confié au pape la plénitude de puissance pour « le spirituel. Je recevrai, ajoutait-il, avec respect « et j'accomplirai fidèlement toutes les péniten- « ces qui me seront imposées pour mes péchés, « non seulement par le pape, que nous recon- « naissons au spirituel pour notre père et pour « notre maître, mais encore par quelque prêtre « que ce soit , ce qui fait voir évidemment avec « quelle injustice on veut vous rendre notre foi « suspecte. »
Ces protestations furent inutiles : la sentence du pontife fit une plaie mortelle à l'autorité de l'empereur. Son génie lutta pendant long-temps contre les obstacles nombreux que la politique du Vatican éleva autour de lui; il put se venger en forçant le pape à languir d'ennui dans sa retraite de Lyon; mais des fautes, des imprudences, et une longue suite de revers finirent par altérer son caractère chevaleresque : il devint cruel, soupçonneux ; il fit torturer ses plus fidèles serviteurs; enfin il mourut, et la puissance germanique s'éclipsa momentanément devant les prétentions sacerdotales. Dans un siècle où les passions féroces avaient encore un si grand empire , où les lu-