‹ Histoire de LyonChapitre 93 sur 223 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Dès que le concile fut fini, les prélats retournèrent clans leurs provinces , après avoir laisse à Lyon les traces ineffaçables d'un assez long séjour. Plusieurs s'étaient ruinés par des dépenses, fastueuses; plusieurs aussi, par des présens qu'ils avaient faits au pape, afin de se le rendre favorable et pour obtenir des bénéfices ou des sièges plus opulens. La simonie était en effet plus que jamais à la mode. On assure qu'Odon Clément, abbé de Saint-Denys, prodigua à Lyon de si grands trésors qu'il en fut récompensé de l'archevêché de Rouen; mais le scrupuleux monarque français qui régnait alors , ne lui laissa point de repos qu'il n'eût restitué à son abbaye tout ce qu'il avait pillé pour faire sa cour au pontife. Celte corruption de la cour de Rome et l'assemblée peu édifiante qui venait d'avoir lieu dans l'église de Saint-Jean , ne furent pas sans influence sur les mœurs et le caractère des lyonnais. Le luxe des prélats , des cardinaux italiens , des patriarches, des templiers, des hospitaliers, avait donné de l'activité au commerce et fait circuler l'or dans

les modestes comptons des habitans. De plus, la présence de tant d'étrangers avait mis en circulation beaucoup d'idées nouvelles. Au premier abord la curiosité absorba toute l'attention des citoyens, et leur fit oublier les affaires de la commune; bientôt après les bourgeois prirent parti pour ou contre le pape ; les grandes questions discutées dans le concile, et repétées dans les familles , dirigèrent les esprits vers la méditation. Le peuple eût moins de respect pour le clergé en voyant de près tous ses excès. Un pontife persécuté, orgueilleux, fugitif et coupable dans l'esprit de beaucoup d'individus, inspirait fort peu de vénération et n'en faisait point naître pour les fonctionnaires subalternes de l'Eglise. Les Lyonnais le reçurent néanmoins et même l'accueillirent avec les égards dus à son rang, mais sans fanatisme outré. Or, dans un siècle où l'instinct de la liberté faisait palpiter les cœurs, dès que le prestige qui entourait le clergé venait à s'évanouir, les citoyens étaient sous les armes pour se garantir contre son despotisme.

Ce fut ce qui arriva aux chanoines de Lyon. D'ailleurs ils donnèrent eux-mêmes l'exemple de l'insubordination en résistant au pontife dans plusieurs circonstances. Aussi , avec quelque attention, il est facile de découvrir, dans l'intervalle des sept années que le pape Innocent iv passa à Lyon , la cause de tous les événemens qui eurent lieu dans la cité lyonnaise depuis le cou-

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