‹ Histoire de LyonChapitre 96 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

mourait seul maître de la cité, et au grand regret des bourgeois qui restaient sans protecteur \ Aussi Philippe el Innocent axaient à peine franchi les Alpes, que les chanoines songèrent à humilier les citoyens qui avaient obtenu tant et de si beaux privilèges de Sa Sainteté : « Privilèges, disaient- « ils en murmurant, qui donnaient à ces vilains « l'espoir de se glisser dans le chapitre sans faire « preuve de noblesse» »

Les juges ecclésiastiques ou leurs officiers abusèrent donc de l'autorité que leur donnait le caractère sacerdotal , et du pouvoir qu'ils avaient de contraindre par des censures les sujets lyonnais à l'obéissance % sous peine d'excommunication et d'interdit. Ils se rendirent si odieux, que les habitans ne voulurent plus paraître devant, leurs tribunaux3. Le chapitre, qui ignorait sans doute les changemens opérés dans le caractère des bourgeois, et pensait que ces vilains ne feraient qu'une résistance momentanée, continua ses démarches insultantes et ambitieuses : il crut que le temps favorable pour rétablir son droit dans l'exercice de la portion de justice séculière, qu'il prétendait lui appartenir depuis la division des biens de l'église sous l'épiscopat de Renaud de Forez, était arrivé4. Il nomma des officiers autres

' Année 1252.

i M.- n «tri \t.

3 Années 1254, [256, 1256.

4 Poullin de Lumina.

que ceux de l'archevêque pour cet exercice. Cette division singulière d'un même tribunal en plusieurs, ne pouvait manquer d'occasioner des actes arbitraires de la part des diflërens officiers contre la liberté des citoyens, lorsqu'il s'agissait de décider à quel tribunal ces derniers devaient comparaître pour leurs affaires commerciales.

Au milieu de ce chaos , les fonctionnaires mêmes de l'église prirent parti pour et contre. La ville de Lyon avait en effet plusieurs jurisconsultes, docteurs, bacheliers, clercs tonsurés donnant des conseils, et licenciés en droit, qui, suivant leurs intérêts ou l'impulsion de leur conscience , soutinrent le chapitre ou prêtèrent main-forte aux bourgeois. Les uns défendaient avec hypocrisie les prétentions des chanoines , parce qu'ils briguaient leurs suffrages et voulaient exercer les fonctions lucratives de juges, de viguiers, de couriers, et même de sénéchaux. Les autres avaient tout à perdre, mais ils écoutaient la voix de la justice et admiraient celle fièvre d'indépendance qui possédait la bourgeoisie : ils appuyaient les citoyens et leur faisaient entendre que les ecclésiastiques abusaient de leur autorité et voulaient pousser trop loin leur inique juridiction. Une révolution était donc imminente dans le gouvernement théocratique : par une vue profonde de la Providence, les fautes du pouvoir ont toujours été les germes féconds de la liberté.

Les bourgeois souffrant donc impatiemment

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