CHAPITRE NEUVIÈME
D-ji'r.isiii'1 est lu Ires-lmii sillon. fis i\\in scltctoirc dii ministi'fl de !;i surrre sni'.s Louis XV. Il est fort bien tourné, c'est un joli officier.
C'est aujourd'Lui le mardi gras, et il n'y a rien de moins triste que ee jour-là. Pourtant il m'attriste presque autant que le premier de l'an. Cea jours qui réunissent les familles me font sentir mon Isolement. A de eertaincs époques, l'orne habituée a se dilater souffre doublement lorsqu'au lieu de s'épanouir elle est fouie de se replier sur elle-même. Mais pourtant je me C3ii!=i>lî ■n io.jL.'.Jtnl qu'un pense a moi ù Nohant, que quelqu'un m'aime à .Nouant, et que les vieux que Je toIs faire autour de moi et auxquels je n'ai nulle part, on les fait pour moi à Nohaut.
La comédie éUii: iJCu^taLk-, pituvoble, Insupportable. C'est égal , on y va par ton , parée qu'il faut être général ou baron pour avoir des billets. Entre tes deux pitee.j, ('»ulu:TiL'ourt est venu m'appeler. J'ai encore cru qu'il allait me donner un ordre. Kou , c'était pour nous masquer. On m'a hafcillt': en femme, j'avais dix pieds de haut. Je tenais d'une main un parasol , de l'autre je portais sousmunbraa
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un grand danois appartenant à Durante!. Kous étions trois carrossées de masques. Caulaincourt faisait le rûlede mon mari, et je m'appelais madame de Pont-Volant. Avec mon grand éventail et ma
ginte. Nous avons été ainsi dans toutes les grandes maisons de in ville, ce qui est assez impertinent. Nous avons été miss: lu yémiral, qui m'a pris tout de bon pour une femme et voulait m'ombrasser. J'ai été forcé d'appeler M. de Pont-Volaut à
LETTRE XXVIH
Tu me fais frémir avec les tremblements de terre. Il ne nous manque plus qu'une éruption volcanique. Les gazettes allemandes ont fait là-dessus une eapueiiuwlc fort «inique, Elles nmif n-.rrtr: r-p ni ùV~ châtiments célestes. Cependant la ville de Cologne , qui est fort dévote, et qui s'intitule la ville des trois rois et des onze mille vierges, a été houspillée par les glaces hien plus que nos bonnes villes de France par le tremblement de terre.
Tu ne croirais pas, ma bonne mère, qnc depuis quatre jours on parle beaucoup de moi ici. J'ai
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CHAPITRE NEUVIÈME. 97 flgUFé comme témoin dans une affaire qui a failli bouleverser Allemands et Français dans la ville. J'ai fait connaissance avec un jeune homme rte lu conscription qui est dans le 33' chasseurs et qui restait à Cologne par le crédit de Caulaincourt. Nous étions dernièrement a un bal de nuit qui s'est donné à la comédie et pour lequel le géniral m'avait donné un billet. Un jeune Allemand , qui est en rivalité d'amour avec mon camarade le chasseur, vint assez mal a propos se mêler de la conversation que ce dernier avait avec la belle. Ils se piquèrent dn propos , et l'Allemand traita mon eamarade de polisson et de Jean..., Grande rumenr autour d'eu*. Moi, voyant le chasseur cerné, je vais a lui, et, sans faire de bruit, nous emmenons l'Allemand dans un coin et nous lui promettons une autre entrevue pour le lendemain. Notre homme reste. In bouche ouverte et a l'air de ne pas vouloir nous comprendre, Le lendemain «afin , en sortant du bal, nous allons chez lui, et te chasseur lui demande s'il est encore un polisson, « Oui, monsieur, dit l'Allemand, vous l'êtes. ^ En ce oas monsieur, prenez un témoin et venez vous battre, — Je ne me battrai pas, messieurs, ja ne me bats jamais. ■ A cette belle réponse, mon camarade lut campe un soufflet. L'Allemand crie et appelle an secours. Tous les habitants de la maison remplissent l'eicalier en un instant. Je me plante devant
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ris HISTOIRE DU MA ÏIIÎ.
la porte et j'en interdis l'entrée, les Allemands prennent leur temps pour toutes choses. Pendant qu'ils délibèrent sur le parli a prendre, mon camarade «dièse <•<' smiffleli'i- s™ :<cmn;f m conscient. Il crie, et toute lu maison se meL a crier au secours et à la garde. Nous sortons de la chambre. Nous .U-j.-i.iuu.lt.ns l'escalier au milieu des Allemande
DttDS la crainte d'un grand scandale dans la ville, le général, tout en lui donnant raison, avait envie de le faire partir sur-le-champ. L'aide de camp de Jacobi, qui est mon ami, plaide la cause de mon camarade et la gagne.
Cependant l'aventure a bientôt fait le tour de la ville. Nous De nous gênons pas , nous autres Français, pour qualifier lo conduite de l'Allemand souf-
méme n'offre |;ciiO:Tiifcraent à lui servir de témoin. Ne pouvant plus recaler, il écrit sur grand papier et en groud style germanique un carlel à mourir de rire à notre chasseur. On aurait dit du Roland défiant les douze pairs. Nous acceptons gravement,
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CHAPITRE NEUVIÈME. 99 etnous voilà tous, un beau malin, sur tes bords du TU. In. L'Altemnn.l , qui cimi[>ta:t Uujrmr* qur l'nff; ire s'arrangerait, n'avait point voulu apporter d'armes. Je lui prête mon sobre. Le chasseur le charge à la française. l'autre pare comme 11 peut, ut reçu le jusque dans l'eau. La, mon chasseur, qui ne voulait que l'effrayer, fait voler d'un revers de sabre la moitié de la monture du mien , que l'Alle-
ri me-ttrft lai h'r. iirmi's. Il ilcruiinde i finpitulur. Sous nous faisons prier. Il offre d'aller retirer sa plainte. Moi, qui n'étais point essoufflé par le combat, je lui fais un beau sermon (à la Deschartrcs). J'uidi: qu'il il 1 ;-. mii.-H'i.ili-uiLinl Mire- su ulaintv . niais dire au général qui) personne n'a jamais eu l'Intention de l'assassiner.
Il causent , et iiduï |;ri;: d'iulce :bn i i déjeuner.
sur In pays ennemi. J'ai conte toute l'affaire à Caulaiueourt et au général Harville, qui ont ri aux larmes de mon récit.
Mais ce n'est pas tout. Mon Allemand, qui me regarde comme le sauveur de ses préotux Jours, m'accable de pulitessts ; hier au bal il m'a cédé tteus fois sa danseuse; Il vnnki t me faire buire tont le
punch du buffet; il adore le militaire français, et m'appellerait volontiers mon soigneur. J'ai conté toute l'histoire à ma chnnoinesse , (] ui en a ri du bout des livres, on disant que c'était pien pille de se bâte comme ça pou' rien, et d'avoir mangui duer rt baiifre monsieur, que nous n'avions voulu lui (ai iy du lia] <[uc parce qn'i. était. Allemand, ot rjuo
mandes. Elle en est convenue, et nous avons fuit la
Tu la désires beaucoup, la paix, ma bonne mère, et moi Je tremble qu'on ne la fasse. La guerre est mon seul moyen d'avancement. Si elle recommence, je suis officier avec facilité et avec honneur. En se conduisant proprement dons quelque affaire, on peut être uornmé sur le champ de bataille. Quel plaisir, quelle gloire 1 mon raenr bondit rien que d'y songer, C'est alors qu'on oblient des congés, qu'où revient passer d'heureux moments a Nohant, et qu'on est par In bien récompense du peu qu'on a fait I
J'étudie maintenant la théorie de l'escadron et jo me mets dans la tete tous les commandements , da manière qu'avec un peu de pratique je serai bien vite nu courant.
Tu me dis que tes lettres sont trop longues, jo voudrais qu'elles le fussent encore davantage. C'est
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CHAPITRE NEUVIÈME. (01 mon bonheur quand je puis on avoir pour une heure à lire.... On no s'appelle pl ns ici dtogea ci citoyenne , les militaires entre eu* reprennent le monsieur chaque jour davantage, et les dames sont toujours des dama. Dis au père TJescna;-lres qu'il est un coehon de tant dormir.
Adieu, ma bonne mère, je t'embrasse de tputo mon âme.