‹ Histoire de ma vie. Tome 2Chapitre 37 sur 85 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Cologne, \t 30 pluTiiise eu VU,

Heureux relui qui conserve sa mère, et qui pent jouir de sa tendresse I celui-là est prédeslmi:, car il ;iiir:i .1:1111m le Jjcjj. 'm. i d'èlre ainir jju.ir lui S (-i;l :

Ta lettre, ma lionne mère, est venue compléter Lien agréablement ma journée. Je l'ai reçue au retour d'une promenade que j'ai faite de l'autre eûté du Rhin avec Leeomle (c'est le nom du chasseur à qui j'ai servi de témoin). Il m'a mené voir le batl.

point souffert des glaces ; il est tres-joli , les chambres sont d'une propreté parfaite, nous l'avons visité dans tons les sens 11 était rempli de marchandises. Le négociant avec tout son monde était occupé à le faire charger pour la Hollande. Maîtres et ouvriers

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fi rouillaient sur le pont. Il faisait leplusbeau temps du moufle ; seuls noua ne faisions rien, le chasseur et tnnl , au milieu de tons ces visages affairés. Pour mol, appuyé sur mon sabre, la pipe à la gueule, l'œil stupidement fixé sur ce spectacle. Je médisais Il oart moi ; « Je suis ne dans une cimilituja plus riche et plus élevée que ces gros négociants , qui ont des malsons en ville, des vaisseaux en rade, (le l'or plein leurs coffres ; et moi , soldat de la république, je n'ai pour toute propriété que mon sabre et ma pipe. Mais les glaces, mais le feu, mais les valeurs, mais les douaniers ne m'empêchent pas de dormir; que d'inquiétudes de moins I Que la ville s'effundre, que le port et tout ce qui est dedans s'engloutissent, je m'en moque.... et même, Je diralsn la hussarde Je m'en... Travaille! pour vousmêmes, canaille, amasseï de l'argent ; nous , nous travaillerons pour notre pays, et nous recueillerons de l'honneur ; mon métier vaut bien le votre. »

Là-dessus, laissant mon chasseuràbord,occtipé à vider quelques bouteilles avec son ami le négo-

m'uvait promis d'avoir un grand mal de tete pour se dispenser d'aller a la comédie, ce qui lui permettrait de rester smfc chez elle toute la soirée,

Ta me demandes quelle est cette grande dame qui m'a procuré un billet pour la comédie des barons, sans que je lui en eusse fait ta 'demande. C'est

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CHAPITRE NEUVIEME. 103 lit.'.: ciT.uohifsïe amicili' la mji niip , trui s'apprit mauame Augusta de Frenchen. Elleest grande, belle, une tournured'inpcialrice. L'autre jour, au bal, le ; : .!-ik-iyJ lui ilc::ii:i!! lira,. Il li v : i ï t snn fïvantj mile couple le plus noble, le plus solennel et le plus cérémonial qu'on puisse imaginer. Mais toutes tes grandes tournoi** n'appellent pas l'amour et In confiance comme 1rs yeux Je ma cbanoinesse. Ce sont de ces yeux qui vous lisent avec intérêt , avec esprit, <;ui d'un bout d'une salle à l'autre devinent si vous êtes triste et pourquoi vous l'êtes, ipii se rencontrent sans cesse avec les vôtres, vous comprennent, tour à tour s'animent et Radoucissent ; et quand un sot fn épaulettes se pavane devant eux, vous disent clairement : C'est vous, soldat, que je préfère.

Tu me demandes de te faire aussi le portrait du général Uarvillc. Tu vas le connaître dans l'Instant. Cinrj pieds cinq pouces, un peu gros, tres-hien sur si-s jambes, cheveux blancs, front découvert, nez aquilin, menton un peu relevé, l'air et le port eïtrê-

ri'm.iH nuliles. i.i-am'c il'i n 1 de foui', par

conséquent ex tiùmtimcut poli ai ce ïes : ufn rieurs, Lu trois -quarts de révérence, le ton bref et haut, mais riant ; faisauL île-; questions et n'écoutant pas sou-

fuvrur et qu'il ne faudrait pas en abuser. Le vul-

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iûi HISTOIRE DE MA VIE.

gaire est enehanté de sa politesse, parce qu'il adresse volontiers la parole et que plusieurs prenni nt cette marque de supériorité pour de la familiarité et de la nirdiJil.'.' ; UnJi- que rien n'annonce plus la puissance que cette manière d'interpeller ceux qui n'oseraient vous parler les premiers.

Il me traiLe beuunuiii iiiiuux tu pii-liciilier i;n'fii public, cela se conçoit. Il est généralement estimé et il aime à obliger. Enfin il est très-bon , et il serait encore meilleur sans son neveu Caulaincourt.

Ce cher neveu part dans trois jours. Que le ciel le conduise et ne nous le ramène pas de longtemps ! L'autre jour n'a- t-il pas été gronder le hussard rouge de m 'avoir prêté son cheval 1 Cela prouve bien qu'il m'en veut , et que je ne lui al pas fail plaisir en allant à la revue; car sans cette béte j'étais a pied. Le hussard est blessé a la jambe, depuis un mois son cheval se serait abîmé à l'écurie si je ne l'avais promené. Mais Caulaincourt, qui m'avait vu passer sur le rempart, et qui ne m'avait rien dit, vient lui faire une semonce en criant de toutes ses forces que je ne promenais pas son cheval , mais que je me promenais sur son cheval , vu qu'on oc promène pas les t'-.ivauv livra 1 . line ==i-Jlr-, mail avec mu: couvrît; 1 . I.a belle sentence! Et pourquoi ne me dit-il rien a moi , tandis qu'il humilie mon pauvre diable de camarade? C'est donc parce que je suis un fils de famille? Eh bien , je ne loi en sais aucun gré. C'est Maulnoir, le

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CiUPirm; m-uviKmk. \<n

jnirie ofrîder de iira<;oi:s, rl lu sw-reLiiin: qui mort raconte cette algarade, et qui en haussaient les épaules. Il est étonnant qu'avec de l'esprit et des moyens nu ait des petitesses pareilles.

A propos de cheval, J'attends toujours le mien. C'est un chasseur du dépôt qui devait me l'amener, et les remontes ont subi des changements. Eu somme, je n'ai rien a faire et je suis à pied. Il est irai que je suis amoureux et aimé, C'est beaucoup, mais enfin je ne me suis pas engagé pour faire l'amour.

Que tout ce qui se passe dans cette pauvre métairie est triste ! Tous ces braves gens qui meurent les uns après les autres I je les regrette comme toi.

- ■■ On est bi; n bete dem'csL-ùp.'i r :jinsi à la. C.-.Mix et de te donner de l'inquiétude. Je voudrais rosser ceux qui te font c,;s pt'.urs-k':. Su j viens-toi ilone, ma bonne mère, que je. suis imdniraUt , et que je tomberais du haut de la cathédrale de Cologne, comme je suis tombé du haut du château de Cbàteauroux , sans me faire de mal.

Mou >lïc rappu'le iui v.iic avmii.re ,\\: son enfance. K'ayant que trois ans, il tomba d'une fenêtre sous le toit, dans les fosses du vieux château

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de (Mleaurouj, qu'occupait alors M. de Frsncueil son père , comme receveur général des finances. On le releva couvert de sang; mais quand on l'eut lavé, on reconnut qu'il n'avait aucune blessure. Il était tombé sur un amas d'entrailles d'animaux do boutliLTic, tjiie les ci.iisir.iFrsflvni.n'. ji:l>vs eïnus les fossés quelques instants auparavant, et qni lui avaient servi de lit pour le recevoir et le préserver. Mais il i/l-iil fli.li- SJj i i i ■ s L i 1 1 1 ■ ■ ■ i]c [ici if ili: ji.ui-!. S itlll-illf . 1.1

sa pauvre mère en eut toujours le pressentiment et la

',!.'( Jl'lir (|([>Ui- I.T.I efflll; Jl ll-i ( fi lllir , 'LL i lJ.' , ;\ !1 i 'fi ■. 1 1 ■ Si I .

Dans la lettre qu'on va lire, il est question d'un portrait, et comme j'ai ce portrait sous les yeux, je vLu.i dire ici que] était l'aspect de ce jeune homme dont la correspondance révèle un cœur si bon el si pur, un esprit si franc, si enjoué et si juste! Pour le dépeindre en peu de roots, je me servirai de la forme qu'on vient de le voir employer pour son général et M. de Cau lai n court.

Cinq pieds trois pouces, la taille mim e, élégante et bien prise , le teint pile, le nez un peu aquilin, admirablement dessiné, la bouebe intelligente et lionne, les sourcils et la moustache noirs et nets comme des lignes marquées à l'encre, les yeux grands, noirs, doux et brillants à la fois, les plus beaux yeux qu'on puisse imaginer; les cheveux épais et poudrés tombant négligemment sur le front , qu'ils couvrent presque entièrement sans y être col-

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CHAPITRE NEUVIÈME. 107 lés. Cette masse de cheveux poudrés, touchant presque a des sourcils d'un noir de jais, sied tort bien et fait ressortir l'éclat des yeux. Eu somme, l'être et la figure de mon pore à cette époque sont d'une

.l.'lk'iiU^sr il river, et lui oit bii n qui'.

sa '.Llle, le^éni-rid dlliirville ait pu le prendre pour une femme sous le masque. Eu outre , il avait le pied petit et la main d'une beauté parfaite.

Ch portrait est fort joliment peint. Le costume de chasseur est vert presque noir, le collrt rouge foncé, et les palans b;» lui donnent une appalyjHT: kïI'-i et s.m;:lr qui 1a très Lieu u celte | • sionomie, où une habitude de mélaueolie rêveuse combat l'enjouement naturel.

Plus lard mr.-i pi-:' 1 pri" un piu d crabonpoiût sans perdre l'élégance de sa tournure. Sa figure se remplit, ses traits s'accusèrent. Il devint un des plus beaux officiers di i rii-rr: îif. Mlls pour moi. sa lii:autt': iuïale, t-iinrme Je pics |;i-jji'tï-a:]t , m: duiii lu petit portrait dont je parle et dont il va. parler.

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