‹ Histoire de ma vie. Tome 2Chapitre 41 sur 85 · CHANTRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHANTRE DIXIÈME

auc/. r/ouriu riaur -ini'.rr ai in.- mu (j u j sa»!

Mon ami le petit officier de dragons a'sppello Mflulnoir. Il est fils d'un notait île Coubmiriicr.-: , eu Brin. Le refus que le Dlreetuirr. a fait de l'uilmeltia ni? re'oaiae pas dirii'li'iriiit sui le Lt-aeral . mais sur A utt'rcau . qui l'avait nomme à sa rpcmlimaïKljiiijii. il ilmi: loutes les naminuliuns ont fié cassées par lu Directoire.

Adieu, ma bonne mère, je serai bien content que tu alllrs passer quelque temps à Néris , cela te distraira. Tu pourra:- aller aussi vui: - os amis à Ari:;iiton et à Buurgcs. Ces courts ii: feraient g^rund bien.

as 1] J c ■ ■ i IV, i 1 . de ,1 nmni: de ien ap: nteir.ri I

de Paris. Cette tienomie n.^mi'Iiti'i li bien-cti-::

à Hobaiit. — Ce que tu me dis de notre moisson pi-aelniine n'es! pourtant pas gai i m ais , dans ma sa-r-,M3 op-aiive, j ai imii^ini q 1 .;? si la ba: a'.aii plus rare, il serait plus cher, et que tu n'y perdrais rien. Il est vrai que les pauvres sur qui cela retombe te î fauiiliL'iMnl sur [as lira. , ei que tu en nourri. us plus que de toutume. Allons, je vois bien qui mon optimisme est en défaut et que les hnns cœurs ne vont pas a la richesse, . , . Voilà qu'on vi?nt de m'appeler pour dîner. Ce sont les secrétaires du général , ils faut un i; . tapape que 1rs veisins ;e met tout aus fenêtres. Il faut que je les rejoigne pour faire er-sser le scantlalo. Je l'embrasse Ae tiiule mon à:iit.

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■!M lilSTOffil DE Mi VIE.

Dis à Saint-Jean que le bruit court à l'armée que l'on va foire une levée de tous les hommes depuis quarante jusqu'à cinquante-cinq ans, et qu'alors je tacherai de le faire entrer comme cuisinier dans le régiment, :illn qu'il ne soit exposé qu'au feu de la cuisine, car je crois que celui des batteries ne li.i œiiMUiilvji! |>:n.

Ce Saint-Jean , objet fréquent des amieales railleries de mon père, était le cocher de la maison et l'époux d'Aud'Jnii b ciiisinuTi!. fie vieux couple est mort chez nous, le mari quelques mois avant ma grand'mëre, qui ne l'a pas su, son état de paralysie nous p«r:iif liant de le lui cacher. Saint-.] eau était un ivrogne fort comique. Toute sa vie II avait été atrocement poltron, et quand il était ivre surtout, il était assailli par les revenants, par Gcorgcon, le diable de la vallée noire , par la Uertttt Manche, par la grant'Mte, par le monde fantastique des supçrsti:iuiii du pays. Dirige d'aller chercher les lettres à la Châtre, les jours de courrier, il prenait eliLiiVJC fois . potLi' faire ce voyage d'une lieue, des précautions solennelles, surtout en hiver , lorsqu'il ne devait être de retour qu'aux premières heures de la nuit. Dès le matin , après s'être lesté de quelques pintes de vin du cru, il chaussait une paire de bittes qui datait au moins du temps de la Fronde,

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CHAPITRE DIXIÈME. lai il endossait un vêtement d'une forme et d'une couleur indéfinissables , qu'il appelait sa roquemane, Dieu sait où il avait péché ce nom-là! Puis II embrassait sa femme, qui lui apportait respectueusement une chaise, moyennant quoi 11 se hissait sur un antique et flegmatique cheval blanc, lequel en moins de deux petites heures («•était son expression) le transportait à la ville. La, il s'oubliait encore deus ou trois petites heures au cabaret, avant et après ses commissions; etenfln.ala nuit tombante, il reprrii.'iii le tfirain de In maison , où 11 arrivait rarement sans encombre; car tantôt il rencontrait une bande de brigands j;ui le muaient de coups; lantot, voyant venir a sa rencontre une énorme boule de feu, son cheval fougueux l'emportait a travers champs; tantôt le diable, sous une forme quelconque, se plaçait sous le ventre de son cheval et l'empêchait d'avancer; tantôt enfin il lui sautait en croupe et prenait un tel poids que le pauvre animal était force de s'abattre. Parti de Nohant à neuf heures du matin, il réussissait pourtant à y rentrer vers neuf heures du soir; et, tout on dépliant lentement son portefeuille pour remettre les lettres et les journaux à ma graud'mère, il nous faisait, le plus gravement du monde, le récit de toutes ses hallucinations.

Un jour II eut une assez plaisante aventure, dont il ue se vanta pas. Perdu dans les profondes médi-

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tations que procure le vin, il revenait par une soirée sombre et brumeuse, lorsque avant d'avoir eu le Ump» de prendre le large, IL se trouva face a face avec déni cavaliers armés qui ne pouvaient être que des brlgandt. Par une de ees inspirations de courage que la peur seule peut donner, il arrête son cheval, et prend le parti d'effrayer les voleurs en faisant le voleur lui-mcme et en s'écrlont d'une voix terrible : a Halte la, messieurs, la bourse ou la vie I ■

Les cavaliers, un peu surpris de tant d'audace et se croyant environnés de bandits, tirent leurs sabres, et, prêts à faire un mauvais parti au pauvre Saint-Jean , le reconnaissent et éclatent de riro. Ils ne le quittèrent pourtant pas sans lui faire une petite semonce et le menacer, s'il recommençait, de le conduire en prison. Il nvaitarrêté la gendarmerie.

Il avait été dans sa jeunesse quelque chose comme sous-aide porte-foiu dans les écuries de Louis XV. Il eu avait conservé des idées et des manières solennelles et dignes, et un respect obstiné pour la hiérarchie. Étant devenu postillon plus tard , lorsque ma grand' mère le prit pour cocher après la révolution, une petite difficulté se présenta ; c'est qu'il ne voulut jamais monter sur le siège de la voiture, ni quitter sa veste à revers rouges et à boutons d'argent. Ma grand'mère, qui ne savait contrarier personne, en passa par où il voulut, et toute sa vie il

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CHAl>mUi DiXlËMB. m la conduisit en postillon. Comme il avait l'habitude de s'endormir a cheval, il la versa maintes fuie. Enfin 11 la servit pendant vingt-cinq ans d'une manière Intolérable, sans que jamais l'idée fort naturelle de le mettre à la porte vint à l'esprit de celte femme incroyablement patiente et débonnaire.

I] i>:ir;r:i qu'il | iit ju ■ ltI<\,\ \n jni>r[;!i.Tif:S àr mon piTi sur la m.tui.l it- Imvi' ..in imi'-l TitM.li 1 cinquante ans, et qu'il a'épousa Avdelan à c ette époque que pour se ssiistrairc ain ï.vL'eiiiies éventuelles de la. république. Vingt ans plus tord, quand on lui demandait s'il avilit étc à l'cnnée, il lépinUiit : o Non , mais j'ai bien MU y aller, s La première fols que mon père vint eu congé, après Harengs et la campagne (l'Italie, Saint-Jean ne le reconnnt pas et prit la fuite. Mais voyant qu'il se dirigeait vers l'a(jpBHement de ma Rrand'mcre, il courut chez Dcschartres ponr lui dire qu'un affrcus solda! ■ Ml il eut n: miiii/iï hli liai)- 11; mai-Lin , et .

pour sûr, madame allait êlre assassinée.

Malgré tout cela il avait dn bon, et une fois, sachant ma grand'mcre dépourvue d'argent et inquiète de ne pouv olr en envoyer de suite à son fils , il lui rapporta joyeusement son salaire de l'année , que, par miracle, il n'avait pas encore bu. Peutctre l'avait-11 repu la veille! mais enfin l'idée vint de lui , et pour un ivrogne, c'est une idée, Il pardonnnit a mon père de mener Jc6 chevaux un peu

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Mi HISTOIRE DK MA VIE.

vite; mais, sur ses vieui jours, il devint plus intolérant pour moi, et souvent, pour monter à cheval , Je fus obligée d'aller seller et brider moi-même , d'autres fois d'aller au pas jusqu'au premier village pour faire remettre à ma monture un fer qu'il avait eu la malice de lui ùter pour m'crnpèclier de In faire

Mod père lui avait fait présent d'une paire d'éperons d'argent. Il en perdit un , et pendant le reste de sa vie il sa servit d'un seul épiron, refusaut obstinément de remplacer l'autre. Il ne manquait jamais de dire i wi fi'iimit disque fois qu'elle 1 équipait pour le départ : « Madame, n'oubliez pas de m'nttacher mon éperon d'argent. ■

Tout en s'appelant nioniKur et madame, ils ne passèrent pas un jour de leur douce nnion sans se battre, et enfin le peie Salnt-Jcan mourut ivre, comme il avait vêtu.

Voici encore quelques lettres sur la quantité.

LETTRE XXXtl

C'jlujice, 1" ii(L"j,iij;il ii" VII (:otïOU).

Je pars pour... où mon général, voulant absolument me monter, et trouvant trop de difficultés à faire venir un cheval du régiment, m'envoie au

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CHAPITRE DIXIEME. 1î5 dépôt des remontra. Il me donne une. lettre de recommandation pour le général Féraud, nfln qu'il m ■ ri-se . k!h ivr la meilliiii.-'; in'h-. tt je p;irs e-n diligente avec m.i selle. Je reviendrai à cheval à petites journées. Mois cela dérange bien mes projets d'économie. Le général me donne, il est vrai, soixante livres d'mdemnité , tt, pour revenir, le gouvernement me donne le logement et le fourrage. Muiï b diligence seule conte cinquante livres, et quant aux logements de soldats, depuis If grand

nomhro de passages, il

e d'y t rou-

ver 11 gale. Je vais don

général, que je lui mi'

:ette époque.

Je crois qu'à, mon re

le général

faisant sts paquets . car j

ious devons aller

a Cob.lpi.t7.

ou ù Mayence, le quartier général de Cologne étant trop éloigné de l'armée du Bannbe. Cela me radiera birn île ijuilli!!' C'ilugnc, car j'y suis, comme on dit en style de régiment, en pied : c'est-à-dire que j'y stii.i aime d'uni' tV.nir.c dmi-nnue qui ne n-ud la vie bien agréable. Elle m'a fait bienvenir de toutes ses amies, moyennant quoi c'est tantôt de la musique, tantûl des promenades, tantôt dra assiettées de biscuits, tantôt desjattécs de crème. On me fuit bfifrer que c'est abominable ; qu'un coq en pâte si bien choyé aille donc attraper la gale! Adieu ma gloire et mes plaisirs I — Et si uous allons a Mayence,

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116 HISTOIRE DR MA Vlli.

adieu les ris, les Jeu» et les amours, » tous Ira diables les douceurs et les petits soins! Mais enfin le militaire est un oiseau de passage , et j'ai beau être épris de ma chanoiness* , je sais bien une je ne suis pas le premier et que je ne serai pos lo dernier. Elle a un faible pour les Français , et je ne peux pas lui en savoir mauvais gré, non plus que d'avoir tourné pendant longtemps la tête à Hoche, qui a duiim' une fête magnifique en sou honneur en quittant Cologne. Cette fête, qui commença par In manœuvre de deun régiments et qui se termina par un bal, est une chose dont on parle encore avec admiration dans le pays. 11 entre bien an peu dans le cœur humain d'être jaloux du passé, mais nia raison me dit que je dois être reconnaissant de voir une belle dame si bien fêtée avoir des bontés pour moi , simple chasseur, qui n'ai pas le moyen de lui donner le plus petit bal et la plus peiite manœuvre de cavalerie. Si je n'ai pas le droit d'être Jûloux du passé, je n'ai pas non plus celui d'être jaloux de l'avenir, et je me tiens à quatre pour ne pas devenir amoureui au point de perdre ma philosophie.

Tu me demander le portrait de celle eharmante femme. C'est bien facile. Ouvre ton prand volume îles \niiiiii-1.S rl'Ili'ri'Lilamini . diuvï le V«y;ii:r i'f- Naples et Sicile. Cherche en haut de la page deus femmes dansant sur un fond de nuages. Ce n'est pas cela ; regarde au-dessous : Il y a une femme qui

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