LETTRE XL
Tliionville , 14 messidor an VH (juillet m).
Bah! ma bonne mère, cesse donc, une fois pour toutes, de t'alarmer, car nie voilà heureux, ici comme partout; les choses s'arrangent toujours à souhait pour moi. En entrant dans la ville, Je commence par tomber dons la boutique d'un perruquier, mon cheval a la porte, mol dans l'intérieur. Comme à l'ordinaire, je ne me fais pas le moindre mal. Je me ramasse plus vite que mon cheval. Je regarde cet événement comme d'un bon augure, et Je remonte sur ma bête, qui n'avait pas de mal non plus.
J'arrive au quartier. Je vais trouver le quartiermaître Boursier, qui me reçoit et m'embrasse avec sa paieté et sa franchise ordinaires. Il me dit que les lettres du général ne sont pas encore arrivées, mais que je suis bien bon pour me présenter et me recommander moi-même, et'll me mène chez le commandant du dr|iôl, nommé Duprf . C'est nn officier de l'ancien régime, qui ressemble â notre ami M. de la Dominiére. Je lui dis qui je suis, d'où je viens. Il m'embrasse aussi 1 ii m'Invite à souper, il m'autorise a ne point aller coucher BU quartier, et me
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dit qu'il espère que je vivrai avec les officiers. En effet, je diue tous les jours avec lui et avec eux à une fable qui nous coûte trente-six francs par mois. M™ logement m'en coûte quinze; ce n'est pas cher etj ysuistrès-hien.A mon grade près, je suis comme un officier. Ils sont tiras très-aimables, et celui qui commande la manœuvre est très-non pour moi; j'ai manœuvre hier pour la première fols , et il m'a fait beaucoup de compliments. Je ne m'étais jamais trauve au centre d'un escadron, et je t'assure que ce n'est pas tendre. J'étais ou premier rang, et lorsqu'on se forme en avant, en hataille, les deux ailes se rapprochant, vous êtes pressé de droite et de gauche de la force tic cinquante chevaux, Nous re-
à cela, et je suis bien aise de m'y frire tait de suite!
je «cris de son bureau. Nous avons a notre table un autre jeune homme de la coiisrciptiou, simple classeur comme moi. 11 est d'une des premières familles de Liège et joue du violon eomme Guénin ou M sëatrino. En oui™ , il est aimable et spirituel , et le commandant l'aime beaucoup, car il joue luimême de la flûte, adore la musique, et fait grand cas des talents et de la bonne éducation. Voila, je L'i-Jis, la distinction oui survivra toujours a h, tfiurc des privilèges justement abolis; et l'égalité rêvée par nos philosophes lie sera possible que lorsque
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158 IIISTOIIIE DE MA Y1H.
tous les hommes minuit reçu une culture qui pourra les rendre agréables et sociables les nns pour les autres. Tn t'effrayais de me voir soldat, pensant que je serai* forcé de vivre avec des gens grossiers. D'abord, figure-toi qu'il n'y * pas tant de gens grossiers qu'on le pense, que c'est une affaire de tempérament, et que VéhaK pas tuujours cher, ceux qui sont bligeants. .Te pense même, que le vernis ue m encore plus blessants que ne le sont ceux qui ont pour rieuse l'iilisiMiee tctalf deilntiiiliuii. Ains j'r.im-;'rais mieux vivre iivec certains conscrits sortant de la charrue qu'avec M. de Gaulai "court , et je préfère beaucoup le ton de nos paysans du Kerry a celui de certains grands barons allemands. La sottise est partout choquante, et la bonhomie, au contraire, se fait to.;t ir.i'.kmnfr. Je conviens que je ue saurais me plaire longtemps avec les gens sans
chtz mol , je le sens, un besoin d'Idées qui me ferait faire une maladie. Sous ce rapport, tu m'as gâté, et si je n'avais eu la ressource de la musique qui me jette dans une ivresse a tout oublier, il y a certaines sociétés inévitables où je périrais d'eunui. Mais, pour en revenir à ton cSiagriii , tu vois qu'il n'est pas fondé, et que partout où je me trouve Je rencontre des personnes aimables qui me font fête
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