CHAPITRE DOUZIÈME. ISS
j'étais presque Pl«s tranquille les jours où Je n'arais rira ii espérer. Mais le moment du retour de Saint-Jean était affreux. A sa manière d'ouvrir la porte mon cœur battait avec violence. Il ne disait mot, le pauvre homme, et j'étais prête à mourir. Mon fils ! n'éprouve jamais ce que j'ai souffert!
Enfin hier j'ai rceu ta bonne, grande lettre. Ali I comme je m'en suis emparée 1 Comme je Toi tenue longtemps serrée sur mon cœur sans pouvoir l'ou-
t'eût luit partir pour la Hollande. Je déleste ee pays et cette a.-mée je ne sais pourquoi. Tous ces r/ïorts, liius iïï b!t:,MS mi; gluçiiirnt il'i lfrui. Alais il m'aurait écrit son départ, me disnis-je, et j'étais bioo loin do croire que tu fusses à l'armée vicierieuse de Massénu. Je ne pouvais croire a de fels succès avant d'avoir lu la lettre. C'est que tu y étais, mon fils, tu lui as porté bonheur, et c'est a toi qu'il doit sa gloire. Trois batailles où tu t'es trouvé en quinze jours ! Et tu es sain et sauf, grâce ii tlieul Uieu soit louél Mon Dieul si c'étaient 1rs derniërcsl Comme toi, je rirais et je chanterais; mais la paix n'est pas faite. Tu dis que nous sommes près de rentrer en Italie; si «ela était, II p n y
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\vn msiToini! m; ha vu;.
raiiiniï qui mil ili lerr'i'ii.' ie [Uirli que tu ris pris. 1 1 est évident que M. d'Harville ne le disait de rester que par égard pour moi. Il t'a fait brigiidier avec: circonspection, et il s'en tiendra la. Il a rempli sa tûehe près du général Beurnomille. Il t'a. prtfi secours momentanément; il faut lui en savoir gré. Il ne te devait rien, et ce n'est pas un homme à protéger franchement, non plus qu'à refuser sa protection avec la même franchise. Tu l'as bien uomprls. Caulaincourt l'avait mis sur ce pied , où il avait toutes les lutuieuis de l'ancien régime et les sévérités du nouveau. M. dp. la Tour d'Auvergne saura faire valoir ta conduite. Quel bonheur que tu l'aies rencontré en descendant de cette chaloupe ù Reicherville ! Il pourra dire que tu as fait la cam- Ji:i.:mc. qu'il fit Ml, ft l'fllll là, qui T. i- drrlIMK!.' j i]iir,i= rien [joui lui, sait faire valoir les aiitrr-s svec îéle. Mais je crains que ton congé ne dépende du général d'Harville; et, eu ce cas, malgré le crédit
IjLlii vii.i; [m.tes ■•■('.; : iifiini'.,iti:.ii:ï . 'i-i:s (l'iiiMivlirs et mes écritures. Depuis un grand mois, j'étais morte. Je -vais ressusciter par l'espéronee. Je suis pourtant au desespoir de te snvolr saris argent et de
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ne pas savoir où t'en adresser. Je vais essayer d'en faire passer eu corurnaedant Unpré ou à Ion ami Hardy. Puisqu'ils font bien fait parvenir mes lettres, ils pourront peut-être se charger de le faire tenir l'argent. Mais, en attendant, tu es dans un pays désert et dévasté , sans un sou dans ta poclie ! Si tu pouvais demander au caissier du régiment ou nu chef de brigade de t'en avancer, je leur ferais bien parvenir le rembourse™ r. ut. Ton insouciance il cet égard me désole. Vivre de pomme» de terre et d'ecu-de-vic! quelle nourriture après de telles fallgue;, après des marches forcées par un temps affrenj et des nuits passées dans des près plein d'eau! Mon pauvre enfant , quel état, quel métirrl On a plus de soin te chevaux et des chiens durant la pals que des hommes à la guerre. Et tu résistes à tant de fatigues! Tu les oublies, pour rendre la vie à un malheureux que le Sort amène pris de toi I Ta tonne action m'a touchée profondément; ta sensibilité, ton éloquence rint touché tes brutauï quivoulaient achever un pauvre homme , et lu l'as secuuru de. tns bras, ils: les forces épuises! t\i es revenu dormir sur ton manteau , plus satisfait qu'après tous les plaisirs que ma sollicitude voudrait le procurer! I.a vertu seule, mon enfant, donne cette sorte de délice , malheureux, qui ne la connaît posl C'est dans ton cœur que tu l'as trouvée, car il n'y avait dans eu bon mouvement ni ostentation, ni
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yjt u:sroiKL ml u,v vu:,
regards publies, ui instinct d'imitation. Dieu seul te voyait, la mère seule en devait avoir le récit. C'est l'amour du bien qui t'a conduit. Tu parles te u jours ti bonne eLof c : s"is *ùr que ce sont les
I 'S .n'*:mi=i qui pnrt.iiL i:i!i:lu : Lr, cl qu'il fi 1 Die»
les bimtiiits ne seul jamais perdus. Je crois, puisqu'il le faut, que le parti que tu as pris est te plus sage; ces victoires inattendues me le persuadent, Tu veux servir, c'est ton goiït, «'est ta première destination. Tu p.:u\ suus co crue meut t'.iirc un chemin plus rapide, je le sais bien , que tu n'aurais pu l'espérer autrefois. Les hommes d'aujourd'hui aimeront à attachrr â la chose publique les restes
(lu ïailK ri'rm he-fis. Il ne s',ii;il pc-iril la ilf luililir-e, mais de reconnaissance publique, et je ne suis point injuste, Je sais fort bien que ee qu'on appelait les
<je;,.i di rien snut fins capattli - Je o.-lli; :■ a!s-
sance-la que 1rs gens baut placés ne L'étaient. Je l'ai rprouie ihiis Loul le cnurs ii? nwi lif Lf-i pTTir,i:'!S n'avaient devant les ycui , dans nies rapports avec . i.\ , i;ut uiemniiT li'un irar.d Inimitié doul il; appréciaient les service publics. Les seconds , prompts à oublier 1rs services particuliers, auraient voulu effacer sa gloire par jalousie et par ingratitude. Ils me vujaienl pr.nvre , sans crédit, vins famille, et n'en étaient point touchés. Madame la fjauphiue elle-mÉme, qui devait son mariage à mon père, trouvait mauvais que je signusse de son nom, et
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CIIAPITHE DOUZIÈME. 193 mit voulu pouvoir m 'empocher do le porter, tant la vanité rend injuste et ingrat.
Tu peuj donc, mon fils, faire un chemin où tn ne rencontreras plus de pareils obstacles. Tu os de l'énergie, du courage, de la vertu. Tu n'as rien â réparer, poiut de parents suspeels, Tes premiers pas sont pour la chose publique, la route est tracée, parcours-la, mon fils, moissonne des lauriers, «pporte-lcs.a Nouant, je les poserai sur mon cœur, je les arroserai de mes larmes. Elles ne serout pas si ameres que celles que j'ai versées depuis quinze jours 1
Au mois de janvier, dis-tu, je pourrai te serrer dans mes bras. Dieu ! c'est dans deux moisi Je ne puis le croire, mais j'en vais faire l'unique objet de ma sollicitude. Je suis en force , trois batailles! Je vais parler très-haut Tout le monde va savoir que tu as vu l'ennemi et que tu l'as vaincu. On t'adorera à la Châtre. Tout le monde j- partageait ma consternation , et c'était uuc joie publique quaud on a vu ton paquet. Saint-Jean le portait en triomphe, et on l'arrêtait daus les rues. Tn balançais Buonoparte... àlaChitre!
Tu as donc lu ma lettre au bord d'un beau lac de la Suisse, et elle venait, dîs-lu, compléter l'éclat du plus beau jour de ta vie? Aimable enfant: combien mon cœur te sait gré de cette douce sensibilité! Combien tu m'es cher, et combien je t'envie cet
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instant de félicité que je n'ai pu partager avec toi! Quel bonbenr de te voir dans («te situation, tout
entier a ta mère et à tes •
es souvenirs! Que
j'ai bien raison de t'aimer
uniquement et d'avoir
mis en toi tout le bonheur,
affections de ma vlel Je n
pus assez de tout
ni UV
ibruter, te presser
gedeWcinfeld, il
n'y a pas moyen, car tu
l'Oniriiciit sijfiiniiiU quelque part, je t enverrais
cou r par i-otmiT vi qut
tu ni
e demanderais. En
attendant, tu recevras, j'espère
, les quarante écua
que je vais envoyer aujourd'hui à M . Dnpré. Il serait fâcheux qu'ils s'-.^irn^™!; l'.irjrrut est si rare, que sis louis c'est un trésor aujourd'hui. Je ne sais où est M. d'Harvillc. Je vois lui écrire vite pour lui demnnderta jjrâce, et j'adresserai ma lettre ù Paris , rue Neuve des Capucines, numéro 531.
Adieu, mon enfant, ménage la vie, la. mienne y r-ft attaches. Pie couche pas dans l'eau, chaque peine que tu épreuves, je l'endure. Tu n'as point été ébraulé par ce premier coup de canon. Mon Dieu, il me passe a travers le cœur! Je suis sure que ce sont les mères qui lui ont fait cette réputation. Pour toi, tu riais de voir fuir ces pauvres nusse» dans les montagnes, le bruit des armes te
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CHAPITRE iwv/.ifcsri-:. lois ravissait comme lorsque tu ckùs enfant. Hais le soir, à le futur de ces grands feux, tni'as-tu vu? Tu as bran jeter un mile sur ces horreurs , mon imaginatiun le soulève, ci, comme toi, je frémis.
Tu vas te reposer! Hélas! je le souhaite ; mais ne néglige pas de ro'fcrlre, un mot seulement : Je raijjire. C'est tout ce que te demande ta pauvre mère; car l'ivresse de ma joie pour ton volume s'affaiblira Mentit, je Jetais, devant de nouvelles inquiétudes, et s'il me faut être encore sis semaines sans entendre parler de loi , mes tourments vont reeommnn-
chambre, près de mon feu ! Toutes les friandise" que nous faisons, je me dis fi cbaqne instant que c'est pour toi. l'a vieille lionne dit : « C'est pour Maurice, je sais ce qu'il aime, a Descua rires fait du mauvais viu qu'il croit admirable, et il prétend que tu te trouveras bon. 11 pleure en parlant de toi. Saint-Jean a fait un cri affreux quand je lui ai dit que tu t'étais trouvé à trois batailles, et ii s'est terié: » Ah: c'est qu'il est brave, lai! a Enfin c'est une ivresse ici que l'idée de ton retour. Je t'embrasse, mon enfant, je t'aime plus que ma vie. Ma santé est toujours de même. Je prends des eaux de Vichy qui me soulagent quelquefois. Je voudrais tire bie« guérie pour toc retour, car je ne veux me plaindre de lien quand tu seras près de moi. Il faut
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IH> Ill-S'lOliit [iJ! MA VIK.
que tu sois attaché à l'état -major, je le veux absolument. Mais Dotrc pauvre amie de la rue de l'Arcade est dans un malheur affreux : son fils aine est toujours dans les fers, l'autre ne reparaît pas. Elle succombe, el je n'ose lui parler de toi. Le gros curé Gallepie est mort écrasé par on coffre qui, d'une charrette, est tombe sur lui. XI menait s'établir pour la quatrième fois dans nos environs, toujours poursuivi par les huissiers et laissant partout des
dette*.
laPeiits MHtfottseporteblen.il est motufraftix. Il a un rire charmant. Je m'en occupe tous les jours, il me connaît a merveille, je te le présenterai. Adieu, adieu, ma. lettre est le second volume de la tienne. Je n'y vois plus. Es-tu monté sur le cheval que tu as été chercher à "*f Est-il bon et beau? Ou va encore nie pi'nuln.' :inir. pmii.mi. c Imii'ùt je serai réduite à mon ane.... On m'apporte de la lumière, et je puis encore te dire quelques mots. Je serai forcée de tacher a certaines gens la précipitation avec laquelle tu t'es Jeté dans cette guerre: car enfin tu pouvais te trouver en face de Pontgibault, d'Andrezel, Lermont, etc., et être forcé de les combattre. Mon rôle sera de dire que tu as été forcé de marcher, car on trouvera qu'avec ta naissance, tu n'aurais pas diï montrer tant de ïèle pour la république. La situation est embarrassante, car il faut que je fasse sonner bien haut avec les uns ce
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CHAPITRE DOUZIÈME. 197 que je dois dissimuler sm autres. ïu tranches de ton sabre toutes ces difficultés , et pourtant l'avenir ne nous offre aucune certitude! Tn regardes comme un devoir de servir ton pays contre l'étranger, sans t'embarrasser des conséquences. Et moi, jeue songe qu'à ton avenir et A tes intérêts, mais je fois qm> je ne puis riiin résoudre et qu'il faut s'en remettre à In destinée.