‹ Histoire de ma vie. Tome 2Chapitre 75 sur 85 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

Je me vois, ma lionne mère, écroué , scellé, attaché a Paris jusqu'à ce qu'on m'ait présenté Ji Bonaparte. C'est la volonté espresse de M. de la Tour d'Auvergne, et comme il veut qu'on suive exactement ses avis, nous eussions couru risque de nous brouiller avec lui si nous ne nous y étions pas conformés. Il vent que j'aille l'embrasser officier. Cela s'arrange mal avec mon impatienccl Mais il le faut. Je dois être présenté à Buonaparte dans trois ou quatre jours. Cette démarche Usera nos espérances et noire conduite future. Je voudrais bien que tu suivisses ton projet (le venir à Taris 1 Tous tes amia ne font qu'un cil après toi. On t'a parie d'un appartement cher, madame de Maleteste. Elle me l'a offert de la meilleure grâce du monde, mois je doute que cela t'arrange. Je t'ai trouvé, dans la même maison qu'habitent les Rodier, un appartement au second, très-beau, composé de deux chambres à coucher, salon, boudoir, salle à manger, etc., pour trois cents livres, rue Saint Honoré, près la rue Royale. Si nous pouvions toucher bientôt nos

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pas cela , serait de changer de régiment et de n'uïoh plus affaire à ce grand diable d'Ordener. Le [•énésn! I.iH'iici: me tiilt 1k;hi?i>up opérer. Ta présente lui, ma bonne mère, avancerait peut-être beaucoup mes affaires , car je n'ni jamais vu personne n'-ister a les manières et b tes discours. Rotin , je brûle d'iiii^itieuije de l'cirilirassn, et. il y n des moments où je suis prêt à tout envoyer an diable pour courir vers toi. J'ai beau être ici au milieu des juiiissa nées et d'nn bien-être qui, au sortir de ma rude campons: , me fait l'effet d'un rive, le plus piviviin île- iiieus ir.e iraiicjce , et c'est toi. Arrive, arrive, ou je pars pour te rejoindra.

J'ai beau Être bon à marier, comme tu dis, ne crains pas que cette fantaisie me prenne de finit. Comment voudrais-tu qu'un fourrier de chasseurs, l'homme le plus leste qui soit au monde, ulhlt s'empêtrer d'un ménage et se faire père de famille? Pcstcl de l'humeur dont sont les femmes maintenant, Je ne serais pas plutôt parti pour quelque cxpedili:)]) qu'on vn'et pc-.! k-L-uit lu pics S'j!;':itu lin coiffure!.. . Merci bienl Adieu, ma bonne mère, je grille de l'embrasser.

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La bonne mtre alla effectivement n Taris. I.n présentation à Bonaparte eut lieu, et il en résulta (Irx [irnmpskfs rt des encDiirauenii'nls brefs, à la condition de faire la guerre et (le s'y distinguer. Le jeune homr.-.r- r.e di.ii;nuil:;it pjf niicuï. Le général I.l (ni"; ili-mr. 1 1 ri n p'iur ,111 nu'il É l i L aihiiii'. u l'uint ■ major général de l'armée. On verra ce que c'était que ces états-majors qui tentaient l'ambition des jeunes gens, et qui furent dans ec premier moment eumposés à la bate lie ceux qu'on voulait satisfaire. Mon jeune père passa l'hiver â Paris avec sa mère ,

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une rapidité magique, et par les moyens, cependant, uhi» n:i"uivli L In pr.tifl"n!!ii!ii d'il'.riér n tous les intérêts blessés par dix années de lutte formidable et d'anarchie dissolvante. On sait tout ce. que cet homme de génie fit pour consolider l'état moral et matériel de la France dans le cours de l'année 1 koo, qui venait de s'ouvrir. L'alliance de la Russie et de l'h-|ji-Tf iTnicjuiri' et assurii'. In linne du Hliin garantie par les savantes campagnes de Moreau et les crpHiirs clievaiiTesques ue Lecourbcet dcBlchepansc., notre année poussée par eux jusqu'aus porlis di' Yifniir'. ic S;u::t-Hrn",n-il lïv.nrM, les Autrifliifiis ha'.lii' à M-..'i .U t:;-J il <■". û Mr-rcncrn ; Ma^Hia rentrât ù Gràs en iiinmc-i-, quiim' jtur; ajirrs en èh\' sorti , ri In '"Uv du pUis sihrleiix :ti's eiéaes;

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CHAPITRE TREIZIÈME. ÈS7 la Tosenne ottrrptr- pur les Vrni'.vnif.. Illimité f^méc avec le pape, fiaples réduite à demander ^i';tf( L , li. 1 pabsase du Minuio, l'Aïtrittir. forcée à se détacher dp l'Anç;lt!o:';'r. r.t il accepter les coildilions d'une paix si opiniâtrement disputée ; en lin , en l'^vpte, l'udmirablerevaiieliedc Kléber a Héliopolis; les États-Unis réconciliés avec noua, et te joignant, eomme la Suède et la Bussle, à la ligne niirilimc contre l'AnL'IcteiTt , tels sont 1rs éveilsmtnls grandioses et merveilleux nul, qrace à rïapoléon isiiîij rit planeurs nfeei'jru.v i lu-strt-; , mollirent r-eilc (innée nerimi'iiHe. .le Its résume ici sans ;'mLt. c: il irn;i:i-li: pe'.i. ,!rj ne fais pus l'histoire, mais je la traverse à la suite, d'un témoin oculaire

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témoin, nui les a sentis avec l'énergie de la jeunesse, va continuer à les raconter avec la simplicité et le charme qu'on, trouve rarement quand on raconte pour le public.

L'année 1800 vit tomber trois héros, Kléber, Desaix et la Tour d'Auvergne : les deux premiers illtit,'.res pur le çréiur. des jn-omles opérations inil:tai/es , le troisième jeté par goût et par chois dans une vie aussi agitée, mais moins éclatante, gloire ninrteste. et pure ijuî tondit à l'idéal par l'excès du désintéressement et le recueillement d'une vie savante et studieuse portée a travers le tumulte des camps. Le premier grenadier des armées de la répit-

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bliquc périt an champ d'iionneur le SB juin is<W, en avant de Neubourg, dans un combat héroïque. 11 fut pleuré de l'armée entière, mon père le pleura m Italie, quelques jours après la balai! le de Mare ngo.

A la fin de floréal, mon père avant obtenu de passer dans le 1" régiment de chasseurs, avec la promesse de faire la campagne avec le général Dupont, en qualité d'adjoint* l'état-major, partit puur rejoindre ce gémirai et lui présenter ses lettres de recommandation.

LETTRE Ll

Lyon, le 15 Boréal an Vlll (mai 1800).

Je suis arrivé hier soir, ma bonne mère, après avoir éprouvé des cahots tels que le courrier luï-

qiie je n'émis pas plus fatigué qu'en quittant Paris. Avant lie me tuuuher, je me suis muni d'un ample suuprr, tt, digue émule de Roger bon temps, j'atli-uds W. jusqu'à iluiiain. dans une benne auberge, le départ du nouri inr de (iciiéie. Ce pendant , la nuit que je viens di! passer n.'a «mille longue. A tout momei-.t je me réi cillais un ;:rn VJiit eucatc près de toi et te disant adieu. Et tout a coup j'étais bien

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loin, bien loin, et je voulais retourner, parce qu'il me semblait que je ne t'avais pas embrassée. En effet, je sois déjà bien loin et prêt à aller pins loin encore, L'imagination ne se fait pas tout de suite à ces grands changements, surtout lorsque les doux souvenirs sont encore comme une réalité présente !

Tout le monde Ici m'assure que l'état-major général n'est plus à Genève, mais à Lausanne. Cela m'est a peu prés indifférent, car Genève est sur ma route , et j'en serai quitte pour aller porter mes lettres de recommandation un peu plus loin.

Je suis jusqu'à présent assez peu content de Lyon. La partie des quais du Rhône est fort pittoresque , mais l'intérieur de la ville, avec ses hautes malsons et ses mes étroites , est triste , sombre et suie. 11 y a autant de population, proportion gardée et de mouvement qu'a Paris; mais c'est un mouvement triste, affairé, c'est l'agitation du travail et non celle des plaisirs. Au reste , Je vois peut-être en noir , j'ai l'esprit tout rempli de dos adieux. ; je ne t'embrasse plus matin et soir, je ne te vols plus, et, privé de toi, quel séjour me serait agréable?

Je te remercie d'avoir constntU aller au* Italiens pour te distraire. Qu'est-ce qu'on a donné? Y as-tu fait attention î Figure-toi qu'en fait de distraction et de musique pendant le voyage , mon compagnon de route, le courrier, homme pieux, s'est mis a me faire des exhortations ebretienues , et dans les

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MO HISTOIRE DE Ml VIE.

intervalles il chantait des litanies et quelques petits irKHTftVJï ilét:i;-liés de la yi'alld'iiie^e. I,L il rlir.llU'ul juste comme TJescburtres. Ce qui achevait rie le rendre tout a tait récréatif , c'est qu'il était sourd à ne pas entendre le canon, si bien qu'il n'avait pus àcraindre de se laisser entamée par une coatryicrsc. Je l'ai dont laissé parler et chanter tout a son aise, et je pensais ii toi, a nos amis, au présent, a I'btBniv, et nu bout de mes ri'ileii»i!ï, je revenais toujours* tôt. C'est, ce que j'aurai toujours de mieux à faire pour me donner du i-uurr.;;r. et me consoler. Adieu, ma bonne mère, je t'embrasse de toute

LETTRE LU Lousanrif , le 28 iloréaJ (nul isoo).

Ma bonne mère, Je n'ai point trouve l'état-major à Genève. Il est en route pour passer les munis. C'est, je crois, même déjà fait. Je suis a sa poui-

avec six officiers rejoignant l'état-major et le quartier Li'nuill. iNuj- pil'liies ilflnnilL malin, i' 1 . hiliîirons,je crois, souper chez les moines du mont Saint-Heruard. Je suis maintenant a ijusaiiiie, et je t'écris sur uu bout de table. C'est ici une confu-

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CHAPITRE TREIZIÈME. aa-l slon dn diable, le consul en est parti ce molin ;

^ n ' ;mI -iistrat:uiis y sont fnn.rr. ,1, T; ,i, :],n^ voir ni réalité in grand Saint-Bernard , et Je le dirai si la décoration de Fevdeau ressemble à la nature , et si les moines chantent aussi bien que Chérubin! les Ut chanter a Paris.

Adieu, ma bonne mère, Je t'embrasse mille fuis de toute mon Ame, et vais me reposer des fatigues de [ajournée sur un assez mauvais lit que j'ai cuOu

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