FONDATION A BEAUVAIS
elles regrettèrent Cuignières, sa liberté, sa vie simple, même sa pauvreté. On en parla longtemps, et c'était avec des larmes qu'on se rappelait, par exemple, les heureux jours de congé, où l'on courait par les champs, en chantant des cantiques' et en cueillant des fraises.
]y|me J3arat vint présider l'installation de Beauvais qui se fit le 19 mars, fête de saint Joseph. Elle fut très-solennelle. M. l'abbé de Clausely parla éloquemment, en présence des premiers personnages de la ville. Les écoles de pauvres s'ouvrirent; le pensionnat se constitua ; M""^ Desmarquest conquit la confiance et la vénération. M. l'abbé de Lamarche continua ses soins aux mères et aux enfants de cette petite famille. Elle s'accrut rapidement ; et à peu de temps de là, M™® Barat écrivait à la mère Duchesne : « Beauvais offre un spectacle tout à fait consolant. Plus de quatre-vingts pensionnaires, pieuses comme des anges; quatre cents petites pauvres, dont plusieurs apprennent des états; le dimanche, quatre à cinq cents personnes aux instructions de nos sœurs : on ne saurait assez en remercier le bon Dieu^ »
Les mêmes consolations attendaient M""^ Barat dans ses deux maisons de Poitiers et de Niort, qu'elle visita dans le cours de la même saison.
A Niort, le Sacré-Cœur, quittant l'impasse Saint-Jean , venait de se transférer dans une grande maison appelée l'hôtel Morans. Cette nouvelle demeure semblait lui être promise par la Providence depuis plusieurs années. En effet, le jour même où, en 1808, les pauvres fondatrices parcouraient la ville pour y chercher une maison,
1 Paris, 28 avril 1818.
M. l'abbé de Moussac, qui les conduisait, apercevant, sur son passage, les deux hôtels conligus de Morans et de Bremond, avait dit aux religieuses : « Voici bien ce qu'il nous fiiudrait pour notre fondation; » à quoi la mère Geoffroy lui avait répondu : « Vous seriez donc bien étonné, Monsieur, si nous les avions un jour? » La moitié de cette espérance venait de se réaliser, elle devait plus tard s'accomplir tout entière.
Un orphelinat avait été établi près de Niort, à Sainte- Pezenne, par la charité de la mère Geoffroy. C'était une si lourde surcharge que M""* Barat arrivait décidée à le supprimer. Elle fut le visiter dans cette intention ; mais un piège l'attendait, dressé par la supérieure. Aussitôt que parut la mère générale, les orphelines l'entourent; l'une d'elles lui récite d'un ton fort pénétré une allégorie de la composition de M""* Geoffroy. L'allégorie pastorale était, paraît -il, un genre très -goûté de cette digne mère. Sa pièce, fort transparente, conjurait la grande bergère de ne pas arracher les agneaux orphelins à leurs mères adoptives. Une petite fille récita une fable dans le même sens. C'était irrésistible. M""' Barat, qui, par nature, était peu aguerrie contre les larmes des enfants, se laissa prendre au piège, et Sainle-Pezenne vécut encore quelques années.
En somme, la maison de Niort était bien selon Dieu. La mère Geoffroy avançait à grands pas dans la sainteté parle chemin de la croix. « Le bon Dieu la sanctifie par tous les moyens, et surtout par les souffrances, disait M""* Barat à la mère Giraud. Aimons donc bien notre croix, ma chère Emilie. Cette passion a été celle do tous les saints, et vous voyez vous-même que votre III iTO Geoffroy marche sur louis traces. »