SA VISITE A NIORT
A la mère Emilie , M"* Barat prêchait la force , l'humilité, l'amour du sacrifice : « Sans cela, disait-elle, nous ne sommes que des gagne-pelit. Souffrons avec joie, ma fille, comme le soldat qui monte à l'assaut, bouillant de faire éclater sa valeur, et déjà joyeux de l'espérance de la victoire. Quand aimerons -nous la croix? Est-ce en vain que nous portons cette devise : Spes unica ? » Elle lui parlait aussi de ses devoirs de maîtresse des âmes , surtout du premier de tous : l'union à Jésus - Christ : « Ma chère fille, au milieu de tant de tracas divers, prenez soin de votre intérieur, c'est l'âme de Taclion. Elle sera vide et sans vie si l'âme est desséchée. Que tirer d'un jardin qui a des conduits qui n'amènent pas d'eau ? » Comme toujours, elle concluait par l'amour de Jésus : « Soyez fervente, Dieu le veut. Il ne règne pas dans un cœur où souffle le vent du nord. » Docile à ces leçons, la mère Emilie demanda à sa supérieure de faire entre ses mains le vœu du plus parfait : engagement sublime qui épouvante la nature, tant il suppose de courage toujours prêt et d'indéfectible générosité ! La prudente mère Barat le lui permit seulement pour un temps limité, qu'elle prolongerait ensuite, si elle était fidèle ^
Le 30 juin, la supérieure était de retour à Paris. La maison de la rue des Postes, disposée par le travail de M^^Duchesneetde M"*® Bigeu, était, depuis le 15 avril, habitée par les deux mères et quelques religieuses. Rien d'ailleurs de plus modeste que cette habitation retirée, exiguë, avec une petite cour dont un sureau faisait le plus bel ornement. On est heureux de voir la
1 Voir lellres du 14 janvier ISIo. — 22 octobre 1816, 27 janvier 1817.
même simplicité que nous avons signalée dans cliaquc fondation , présider également aux commencements de la puissante fondation de Paris.
Déjà plusieurs novices y avaient devancé Tappel de la supérieure. L'une d'elles , nommée Octavie Berthold , était venue de Grenoble rejoindre M"® Duchesne, par une prédestination au môme apostolat, dont le Seigneur seul avait alors le secret. On venait aussi de recevoir les deux premières postulantes. L'une , ]\jme Frédérique Tliévenin, sortait d'une société de sœurs hospitalières de la Franche -Comté. Elle avait beaucoup travaillé en Portugal, et elle venait maintenant, exercer au Sacré-Cœur, un genre de charité plus en rapport avec la trempe de son caractère et le mouvement de sa grâce. L'autre était M"® Aglaé Fontaine, de laquelle M""* Duchesne portait ce témoignage : « C'est une jeune personne de Paris, riche, modeste, bien élevée, qui dit un généreux adieu au monde. Elle était de la paroisse qui est dans l'île Saint -Louis; et cette île semble êlre favorisée de Dieu, et être comme une ville sainte au milieu d'une ville corrompue. Notre prétendante y était remarquée et renommée par sa vertu : tout le monde la regrette. »
Le pensionnat, de son côté, avait reçu deux élèves. C'étaient les enfants d'un noble chevalier de Saint-Louis qui, ayant émigré dans le Canada, avait subi la perle presque totale de ses biens. M""** Barat adojUa généreusement ses filles. C'est ainsi que la charité eut les prémices de ce pensionnat de Paris où devaient un jour affluer tant de brillantes fortunes.
Le temps était arrivé de consacrer ol do rcmjtlir celte l>t'lilt' maison. Pr»'ss:\nl les ilci-nifM's li-avaux. M""" Barat