‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 124 sur 223 · INSTANCES DE MADAME DUCHESNE · texte numérisé non relu

INSTANCES DE MADAME DUCHESNE

Profitant des sorties commandées par les travaux d'appropriation de la maison de Paris, elle s'en allait donc de sanctuaire en sanctuaire, à Montmartre, à Saint- Sulpice, aux Carmes, aux Missions étrangères, jetant partout sa douleur aux pieds de la Mère de Dieu. « Je tâchais d'abord de me mettre dans rindifférence, racontait-elle ensuite, mais l'équilibre se perdait aussitôt; et j'en revenais à vouloir braver tout respect humain, tout blâme, toute froideur, pour que rien ne manquât, de ma part, au succès que je désirais '. »

M™* Barat commençait à se sentir vaincue par tant de persévérance. Une volonté plus haute que la sienne subjuguait. Le 21 octobre 1816, elle écrivait à Grenoble : « Imaginez-vous que Philippine pense toujours à son voyage d'outre-mer, que mon frère lui a presque aplani les voies, et que, malgré la frayeur que me cause cette entreprise, nous allons peut-être la voir réussir. » Le Père Barat, alors résidant à Bordeaux, ne manquait pas d'informer sa sœur et M""® Duchesne de chaque occasion de départ qui se trouvait dans le port. M. Perreau l'encourageait, le Père Varin fléchissait, et M^ d'Astros, nommé évêque de Bayonne, ayant vu M""^ Duchesne, avait beaucoup applaudi à son futur voyage, en lui donnant par avance sa bénédiction.

Plus le temps avançait, plus l'appel devenait pressant, irrésistible. Le 2 décembre, M""^ Duchesne s'étant rendue deux fois à l'église des Missions, redoubla de prières et de larmes auprès de saint François Xavier dont on faisait la fête. Je ne sais quelle main invisible la ramenait, comme malgré elle, au pied de l'autel et

i Lettres uutogr., fol. 2 et 3.

de la relique de ce saint. « J'y fus vivement montée à respérance, dit-elle, et il en fut ainsi durant toute sa neuvaine, que je fis exactement pour connaître la volonté de Dieu. »

Le jour vint enfin où cette divine volonté se manifesta par des signes irrécusables. Le 14 janvier 1817, M^ Dubourg, évoque de la Louisiane, étant alors à Paris, vint voir M""" Barat. Au moment où il entra, M™° Duchesne gardait la porte de la maison. Elle le reçut, et ce fut elle qui vint l'annoncer à sa supérieure. « Voici l'heure de la Providence, dit-elle à M""" Barat; je vous conjure, ma mère, de ne pas la manquer; vous n'avez qu'un mot à dire, de grâce, prononcez -le! — Ma fille, répondit la supérieure générale, si Monseigneur me met le premier sur cette voie, je pourrai conférer de notre projet avec lui : ce me sera le signe auquel je reconnaîtrai que Dieu le veut! »

Dans cette première entrevue, l'évêque missionnaire ne parla de rien : il demanda seulement à dire le lendemain sa messe à la chapelle. A l'issue de celte messe. M"*" Barat vint lui tenir compagnie, par honneur, pendant son déjeuner. L'évêque l'entretint aussitôt de l'Amérique et de son diocèse; puis, tout de suite, il lui dit combien il s'estimerait heureux d'y posséder des filles du Sacré-Cœur. La supérieure pensa à M""" Duchesne. « Lorsque cela se pourra. Monseigneur, répondit-elle, j'aurai à vous donner une personne toute prêle. » Alors elle lui raconta la vocation de sa compagne. L'évoque fut ravi de ce qu'il en apprenait : il demanda à la voir immédiatement. M"""* Duchesne fut appelée. Elle comprit que le Ciel venait de lui répondre; mais elle ne

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