MONSEIGNEUR DUBOURG
sut rien dire, elle tomba seulement aux pieds de l'homme de Dieu, afin de recevoir sa bénédiction.
M^ Dubourg et M""* Duchesne sortirent remplis d'espérance. Celle-ci observa même qu'à partir de ce moment, une douleur de côté qu'elle portait depuis quinze ans disparut tout à coup. Les lumières et les forces lui venaient donc à la fois, mais rien n'était décidé ; l'affaire présentait de graves difficultés, et l'évêque devant repasser peu après par Paris, on renvoya à cette époque la grande décision.
En attendant, le missionnaire se remit à chercher des apôtres et des secours pour sa chrétienté. Chaque jour on apprenait à le connaître davantage, et tout ce qu'on disait de lui ne faisait qu'enflammer le zèle de M"® Duchesne. Né de colons français à l'île de Saint-Domingue, puis amené en France, attiré de bonne heure vers le sacerdoce, ordonné à la veille de la révolution, entré dans la vénérable compagnie de Saint-Sulpice, et mis par M. Émery à la tète de l'école préparatoire d'Issy, M. Dubourg n'avait dû qu'à une circonstance fortuite d'échapper au sabre des septembriseurs. Il s'était alors réfugié en Espagne; de là, bientôt après il fit voile pour l'Amérique, où, sous la conduite de M. l'abbé Nagot, les Sulpiciens venaient de fonder un collège à Baltimore. Là avait commencé son ministère apostolique. Puissant instituteur, M. l'abbé Dubourg avait successivement dirigé le collège de Georgetown, fondé celui de la Havane, bâti à Baltimore celui de Sainte-Marie. Grand directeur d'âmes, il avait été le guide de la sainte M""" Elisabeth Selon, et institué, par elle, la congrégation des sœurs de la Charité. Mais c'était pardessus tout un missionnaire. Après des travaux con-
sidérables dans le Sud , il venait d'être nommé vicaire apostolique de la Nouvelle - Orléans , lorsqu'en 1815, la fin de la guerre entre l'Amérique et l'Angleterre lui permit de revoir l'Europe. Il y reçut, à Rome même, la consécration épiscopale, et de là il rentra en France.
Cependant il avait engagé , en Italie , plusieurs prêtres et jeunes clercs, qui devaient partir avec lui. A Lyon, où il vint ensuite, il n'avait pas seulement suscité chez plusieurs la même vocation, mais il avait fait germer une des plus grandes œuvres de l'Église en ce siècle : ses discours enflammèrent la charité catholique, et c'est alors que naquit, sous le feu de sa parole, l'Association de la propagation de la foi. Maintenant il parcourait le Nord et les Pays-Bas, recrutant des compagnons, recueillant des aumônes; se procurant nonseulement les vases de l'autel et les objets du culte , mais des instruments de travail et de culture, car il avait résolu de défricher les terres en même temps que les âmes. Ainsi enrôlés par lui, quarante missionnaires de diverses nations étaient prêts à s'embarquer, pour porter au nouveau monde une nouvelle efl"usion de l'Esprit de la Pentecôte.
Le printemps s'achevait, et M™" Duchesne souhaitait impatiemment le retour de l'homme de Dieu. Une nuit, elle le vit en songe, lui disant d'être tranquille. Elle en conclut qu'il devait arriver ce jour- là. 11 arriva seulement deux ou trois jours après, le vendredi It» mai, le lendemain de l'Ascension.
L'évêque revenait, décidé à obtenir de la supérieure générale une parole définitive. Elle ne put la lui donner. Depuis plusieurs mois, les amis de la Société ne