EMBARQUEMENT A BORDEAUX
bons coups pour jeter les âmes dans la perfection. » M. l'abbé Perreau lui envoya aussi de fortifiantes paroles : « Persévérez, ma fille, dans ce saint abandon qui vous permet de dire à Dieu, comme les Apôtres : « Seigneur, voici que nous avons tout quitté pour vous suivre, que nous donnerez-vous? » Ce qu'il vous donnera, ma fille, pour prix de votre renoncement? Ce sera son divin Cœur pour vous servir d'asile, son esprit pour vous guider, et aussi quelques gouttes de son calice d'amertume pour vous purifier, et vous apprendre à ne vous appuyer que sur Lui ^ »
Mais le plus précieux de ces encouragements fut celui qu'elle reçut de M""' Barat : « Maintenant, ma chère fille, lui écrivit cette mère, entrez de plus en plus dans les desseins que ce Dieu de bonté a sur vous. Travaillez à vous rendre de plus en plus digne de son œuvre... Ménagez votre santé : une pénitence bien rude vous tiendra lieu des autres; je veux dire le fardeau de cette place de supérieure que vous avez toujours tant appréhendée. Qu'il me tarde, ma fille, de recevoir de vos nouvelles! Marquez-nous au juste le jour de votre embarquement, afin que je puisse ce jour- là communier pour vous, et vous dire peut-èlre le dernier adieu de ce monde dans le Cœur de Jésus. Adieu! ah! que ce mot me coijte à tracer, mais c'est pour Dieu! Serais-je moins généreuse que vous, qui m'avez donné l'exemple de tant de courage? »
Avant le départ. M""" Duchesne et ses sœurs allèrent demandera M^d'Aviau sa bénédiction. Un des prêtres présents dit à l'archevêque : « J'ai beau regarder et
1 Aulogr. sans date. Petit in-18.
scruter ces âmes jusqu'au fond, je n'y vois dans toutes qu'un calme inaltérable. — Et de la joie ! » reprit vivement U'"" Duchesne^
Enfin, le 21 mars 1818, le vaisseau la Rebecca prit la mer à Royan. M^"" Dubourg s'était embarqué le 27 juin 1817, sur la flûte la Caravane, que Louis XVIII avait mise à sa disposition pour son transport et celui de ses missionnaires. Il avait, en partant, laissé à un de ses prêtres la mission d'amener la petite colonie des religieuses du Sacré-Cœur. C'était M. I\Iartial, son vicaire général, le seul prêtre qui fût à bord de la Rebecca.
La traversée, qui se fait maintenant en moins de quinze jours, prenait alors près de trois mois. Presque deux s'écoulèrent sans qu'on sût ce qu'étaient devenues les voyageuses. M""^ Barat, impatiente, adressait d'avance, à la Nouvelle-Orléans, des lettres pleines d'inquiétude : « Nous ne cessons de faire des vœux pour votre heureux voyage, écrivait-elle le 21 avril. Oh! que nous serons joyeuses d'apprendre que vous êtes enfin arrivées au terme ! »
La première lettre que reçut la supérieure générale était datée du 16 mai. C'était à pareil jour qu'un an auparavant elle avait enfin donné son consentement au départ de M""** Duchesne. Celle-ci l'en remerciait des côtes de Cuba, à plus de deux mille lieues de la France ! Elle décrivait le voyage, dans lequel ojle et ses filles avaient beaucoup soufl'ert. Les mauvais temps, les vents contraires, d'épouvantables tempêtes, le tropique passé et repassé cinq fois, d'insupportables chaleurs, riniection et l'insalubrité du vaisseau, des commencements d'incen-
« M"" Oclnvio Berlhold. 1!} fOviior.