LE SACUÉ CO:^UR EN AMÉRIQUE
année-là, le jour môme de la fêle du sacré Cœur de Jésus. « Le nrialin, sur le navire, nous renouvelâmes à Jésus- Christ nos saints engagements, raconte M'"® Duchesne; et le soir, à huit heures, je mis le pied sur la terre ferme, que je n'avais pas touchée depuis le jeudi saint. Je baisai respectueusement, à la faveur des ténèbres, ce sol, objet de vœux dont la vivacité se réveillait en approchante » Ses compagnes ajoutent que « ses yeux étaient pleins de larmes, et que le feu de son visage reflétait les sentiments que Jésus peut allumer dans un cœur brûlant de procurer sa gloire * » .
Dans la même nuit, une voiture, côtoyant le large fleuve sous un ciel étoile, conduisit les rehgieuses chez les Dames Ursulines de la Nouvelle-Orléans, où les attendait une lettre de M"^ Barat. « Cette lettre a été portée au pied de l'autel avant d'être lue , rapporte M"*® Duchesne : il fallait bien remercier Dieu de cette grande faveur ^ »
Il n'est plus de notre sujet de raconter le séjour de la petite colonie chez les Ursulines , la maladie qui faillit emporter M""® Duchesne, sur le seuil de la terre promise, ses beaux sentiments en présence de la mort, « qui n'avait fait, disait -elle, que lui montrer ses charmes; » ses rêves héroïques à la vue de ces Grandes Indes, où elle n'ambitionnait rien moins que le martyre; ensuite la navigation pittoresque, accidentée, sur le Mississipi , qui dura plus de cinq semaines : les souffrances des sœurs, leur naïf étonnement à la vue de ces forêts vierges, de cette grande nature, de ces villes
1 Lettre à M'"« Bigeu, 30 mai 1818.
2 Journal de M"- Aude, 23 juin 1818.
^ Nouvclle-Orlcans, 2i juin 1818.
naissantes, et des familles de sauvages errantes sur la rive; enfin, leur arrivée à Saint-Louis-du-Missouri, le 22 août 1818.
Cette arrivée fut solennelle. Avant de quitter le steamboat, M""® Duchesne prit sa Bible, et l'ouvrit à ces paroles du Deutéronome : « Écoute, Israël. C'est aujourd'hui que tu passeras le Jourdain. Ne dis pas dans ton cœur : C'est à cause de ma justice que le Seigneur m'a introduit dans cette terre, afin que j'en prenne possession. Observe bien et prends garde de n'oublier jamais le Seigneur ton Dieu et de négliger sa loi, ainsi que les prescriptions que je te fais en ce jour. » Ayant lu ces paroles. M""" Duchesne se rappela que c'étaient les mêmes qu'autrefois, à Sainte -Marie, dans un de ses jours d'épreuve, elle était allée lire auprès du puits perdu de son monastère ; et elle leur trouva un sens prophétique, qu'elle se réjouit de voir réalisé en ce jour'.
Les lettres des deux compagnes de M""^ Duchesne, bien que d'un style moins grand, témoignaient du même courage et du même attachement pour M""' Barat et la Société. M""^ Aude lui disait « que jamais elle ne s'était sentie autant sa petite fille, que c'était sur ce titre que reposait sa paix, que la Société du Sacré-Cœur de Jésus avait été pour elle la source de la vraie vie, et qu'elle était résolue de ne s'en éloigner jamais. » M'"® Oclavie Berthold faisait ces protestations : « Ma digne mère, tous les jours, je vois que vous avez fait la volonté de l>icu en me laissant venir ici. A mesure que j'approchais du terme du voyage, mon cœur s'épanouissait. IMus il s'éloignait de ce qui lui était cher sur la terre,
( Alànuire cilr. 1" ^, p. '2, et li-llri- do Sainl-Louis, 22 aoùl.