‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 133 sur 223 · FONDATIONS ET VISITES. — ALOYSIA JOUVE · texte numérisé non relu

FONDATIONS ET VISITES. — ALOYSIA JOUVE

Fondation à Chambéry. — M"« Barat à Sainte - Claire. — M"» Barat à Lyon; elle est inspirée par la sainte Vierge d'y fonder une maison : la Ferrandière. — Fondation de Bordeaux, M"« de Lalanne. — Installation du noviciat de la rue de l'Arbalète. — La colonie de Saint-Charles du Missouri est tranférée à Fleurissant, près de Saint-Louis. — Fréquents séjours de M^e Barat à Grenoble. — Histoire de la mère Aloysia Jouve. — Sa jeunesse , ses vertus. — Ses souffrances croissantes. — Vœux de M""' Barat. — Lettres et adieux de M"« Duchesne à cette généreuse nièce. — Les deux séjours de M"« Barat auprès de la malade; elle baise ses plaies. — Elle la nomme assistante, elle lui envoie sa dernière bénédiction. — Les adieux admirables d'Aloysia. — Son zèle. — Son agonie dans le Cœur de Jésus-Christ. — Son sacrifice et sa précieuse mort.

La mission d'Amérique n'avait pas suspendu le cours des fondations sur l'ancien continent. « Nous sommes pressées de toutes parts pour des établissements, » écrivait M"'' Barat à M'"'' Duchesne. A quoi celle-ci répondait avec autant d'esprit que d'humilité : « Dieu est bien bon , de faire croître ainsi cette plante de notre Société ; vous voyez que la Louisiane ne vous a fait au-

cun tort : nous n'étions bonnes que pour des pays demibarbares ^ »

Mentionnons rapidement quelques-uns de ces travaux de M""' Barat.

Nous venons de la laisser à Sainte-Marie-d'en-Haut, où elle s'était transportée, au milieu du mois de juin 1818. « 11 me tarde bien, avait-elle dit à la mère Thérèse , d'aller chercher un peu de repos dans vos montagnes; ah! si je pouvais obtenir qu'on me laissât une année au fond de quelque solitude 1 Mais, pensée inutile! il ne faut chercher notre repos qu'en Dieu, ici-bas; puis dans l'éternité, lorsqu'il plaira à notre Créateur de nous y appeler*. »

Cette fois, en effet, Grenoble ne fut pour elle qu'une halte rapide sur la route de Chambéry, où elle était appelée pour une fondation. La Savoie, rendue à ses anciens souverains, en vertu des traités de 1815, avait hâte d'effacer, parle bienfait de l'éducation chrétienne, la trace des maux que la révolution et l'invasion française avaient faits à ses populations. « Un n'aime guère les Français dans ce pays , écrivait la mère générale. Je l'aime néanmoins, à cause de l'esprit de foi qui y règne. Le clergé est très-bon; et les religieuses qui en sortiront seront excellentes ^ »

C'était, en effet, le clergé, en tête duquel était M. Turinaz, depuis évoque de Moutiers, qui avait appelé le Sacré-Cœur en Savoie. Là lui était offert un ancien couvent de clarisses, qu'on nommait encore le couvent de Sainte-Claire. « On nous attend en Savoie, écrivait la

> Saiiit-Cliaiics, 10 dccenibre \S\8.

Paris, 20 mai 1817.

3 M'". Giraud, 2 juillet 1«18.

FONDATION A GHAMBÉRY 371

mère générale dès le 11 juillet. Notre maison est déjà meublée, en partie réparée. Une fontaine d'eau vive l'arrose et donne de son abondance à la ville. Des jardins immenses l'entourent et la décorent. Que faut-il de plus, et qu'attendons-nous pour en prendre possession? Des lettres patentes que l'on n'est pas disposé à donner à des Françaises, tant on aime notre nation chez les étrangers ^ ! »

Les lettres patentes royales furent enfin délivrées. « Le Seigneur en soit béni, écrivit la supérieure, nous nous en réjouissons, parce que nous croyons qu'il en reviendra de la gloire au Cœur de notre bon Maître, voilà quelle doit être notre unique ambition dans ce mondée » Elle partit deux jours après, pour prendre possession de l'établissement.

C'était le jour même de sainte Madeleine, sa patronne. L'aspect des montagnes, les plus hautes qu'elle eût vues, fut pour elle une fête préférable à toute autre. « Je ne puis vous dire quelle jouissance j'ai éprouvée de passer en route ce jour- là, loin des compliments, et dans l'admiration de la belle naturel » Nous avons déjà vu comment les grands spectacles de la création provoquaient en elle cette admiration qui est le signe des belles âmes, et cet élan du cœur qui est le signe des saints.

La vue de la maison qu'on prêtait au Sacré-Cœur ne la ravit pas moins. « Quel joli site! écrivait-elle à M'"° Eugénie de Gramont, je ne le quitterai pas sans regret. Cependant, ajoute-t-elle, je compte les jours

1 A M. Stanislas Dusaussoy, 11 juillet 1818.

2 A M""^ de Gramont, 18 juillet 1818.

3 Id., 22 juillet.

pour le départ, car, liclas ! lorsque je monte sur le penchant de notre montagne, je ne puis espérer, comme la mère de Tobie, de voir arriver sur la route tout ce que j'ai de cher à Paris. »

La mère générale et ses premières sœurs reçurent à Ghambéry une véritable ovation. Mais ce début était trop beau ; et ce n'est guère ainsi que l'on fonde au Sacré- Cœur. Il n'y avait pas huit jours que M"""* Barat était dans cette ville, quand on y vit arriver M""' Baudemont, qui se rendait en France, afin d'y chercher les moyens de soutenir sa fondation de Rome. Reçue chez le gouverneur, le comte d'Andei^eno, accueillie par l'archevêque, M^ de Solle, et de là agissant à la fois sur le clergé et sur la classe élevée, elle mit l'alarme au camp, opposant la prétendue approbation donnée à sa communauté à la situation irrégulière, disait-elle, des religieuses de France. Cette opinion s'accrédita. « Les bavardages continuent ici, écrivait la mère Barat à M""® de Gramont, que Dieu en soit béni! » Et dans une autre lettre : « Voilà la croix que le Cœur de Jésus réservait à celte maison. Mais ce sont ces secousses qui. j'en ai la confiance, afl'ermiroiit la marche de notre petite barque ^ »

La mère Barat fut admirable dans cette occasion. M""" Baudemont vint la voir, et « fut reçue très -bien. » Cette dame lui réclama une somme de mille francs, à je ne sais quel titre ; M""' Barat les lui donna pour le bien de la paix : « Je ne veux pas que la charité soit blessée pour de l'argent; Notre- Seigneur, s'il le veut, nous en procurera d'aulro, puisque c'est pour son amour ijuc

« Cliambcry , 2 aoùl, ^ M— do Cliarbonncl.

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