‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 134 sur 223 · FONDATION A LYON · texte numérisé non relu

FONDATION A LYON

nous faisons ce sacrifice ^ » Elle ne s'inquiéta pas de détromper l'opinion en prenant la défense de sa Société. Mais M. l'abbé Rendu, M. l'abbé Perreau, M^ Soyer, M^de Beauregard, M. Gaston de Sambucy se chargèrent d'éclairer M^ de SoUe. La confiance revint avec la vérité, c'était l'issue qu'attendait la foi imperturbable de M°' Barat : « Vous croyez, écrivaitelle, que cette bourrasque m'a tourmentée? Point du tout; j'étais persuadée, au contraire, qu'il en résulterait un plus grand bien pour nous. Tout, dit l'Apôtre, concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Ne voulons-nous pas l'aimer? Eh bien! ne craignons donc rien. »

Mais, toujours attentive à ce que la charité fraternelle ne souffrît point de ces dissentiments, la mère générale prescrivit « de ne parler de ces personnes qu'en bien^». On raconte que le meilleur moyen de s'assurer les bonnes grâces de sainte Thérèse était de mal parler d'elle. On en pourrait dire autant de M""* Barat.

Elle laissa la mère Bigeu au couvent de Sainte-Claire, en qualité de supérieure, et, à la fin d'août, elle quitta Chambéry pour se rendre à Lyon.

Il y avait longtemps qu'une fondation du Sacré-Cœur y était demandée, mais les négociations entamées dans ce but étant restées sans résultat, la mère générale ne voulait, cette fois, s'arrêter dans cette ville que le temps de célébrer, dans un de ses sanctuaires, la Nativité de ia Vierge Marie. Le jour de cette fête, elle alla entendre la messe à la cathédrale, dans la chapelle de Notre- Dame, et elle y communia avec une grande ferveur.

1 A la mère de Grarnont, Chambéry, 3 août.

2 Ibid., 12 août 1818.

C'est là que Dieu l'attendait, pour lui faire connaître sa volonté sainte d'une façon surnaturelle, unique dans l'histoire de ses fondations.

En effet, à peine eut- elle reçu le corps de Notre-Seigneur, qu'il se fit dans son esprit une grande clarté. Il lui fut montré qu'elle devait fonder, le plus tôt possible, une maison de son Ordre dans la cité lyonnaise. Puis, cette lumière croissant pendant son action de grâces, elle se trouva établie dans une certitude extraordinaire de la volonté de Dieu, qui ne souffrit plus ni doutes, ni hésitations, ni retards. « Je me sentais tellement pressée, disait-elle ensuite, qu'il m'était devenu impossible de résister. »

Jamais l'illumination ni l'impulsion divine ne s'étaient fait sentir aussi directement ni aussi fortement que dans cette occasion. On le conçoit, car la maison demandée par Jésus à M"* Barat, dans cette communion, devait être un jour le second grand foyer du Sacré-Cœur en France, le second noviciat de la Société.

Au sortir de l'église, M"'^ Barat déclara qu'il fallait immédiatement s'occuper de chercher une maison à Lyon ou dans les alentours. Elle mit aussitôt en campagne, dans ce but, quelques amis dévoués de la Société, tels que M. Rusand et M. de Moidière. Elle régla en même temps qu'en souvenir de la grâce obtenue dans celle fête de la Nativité, la future maison serait placée sous le vocable de ce mystère.

Forcée de rentrer à Paris, M"' Barat écrivit à la mère Bigeu de prendre en mains cet ouvrage, et de le mener promplemonl et vigoureusement. « Allez à Lyon, lui dit-elle, faire l'n'uvre du Co?ur de Jésus. Si c'est Lui (jui vous emploie, comme je n'en puis douter,

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VOUS n'aurez rien à craindre, tout vous réussira. » — Elle insista encore : « La volonté de Dieu est si visiblement sur cette œuvre, que votre confiance doit être sans bornes, comme la mienne. Il faut nous attendre à plus d'une contradiction, à cause même du bien qui en résultera, mais nous sommes aguerries !... » Puis, sa parole s'éclairant d'une sorte de lueur prophétique : « Je sais, ajouta-t-elle, qu'on s'est offusqué des progrès de notre Société, c'est qu'on n'y voit pas encore la main de Dieu conduisant tout : quand on en sera convaincu, on ne s'étonnera plus de cette marche rapide , qui doublera avec le temps, pourvu, hélas ! que je n'y mette point d'obstacle. C'est mon unique inquiétude. »

La supérieure était de retour à Paris depuis le 14 septembre, lorsque, aux premiers jours d'octobre, M. de Moidière lui apprit qu'il venait d'acquérir pour le Sacré-Cœur une demeure et un domaine, situés à Villeurbane, dans un faubourg de Lyon.

Cette acquisition était celle de la Ferrandière. Au sein d'une vallée qui forme le bassin du Pxhône, et que terminent dans le lointain les sommets neigeux des Alpes, s'étendait une grande terre, coupée de bois, de vignes, de jardins, de quinconces et de prairies arrosées par la petite rivière de la Rize. Au centre s'élevait un modeste château, auquel conduisait une belle avenue d'arbres, longue de trois cents mètres. Quelques mouvements de terrain, un tumulus romain, appelé alors la Glacière, relevaient le sol çà et là, et ouvraient sur la ville et les hauteurs de Fourvières de belles perspectives. Tel était le don que Marie venait de faire, le jour de sa fête, à la Société.

Le 23 octobre , M™" de Charbonnel vint disposer les

lieux. La chapelle fut bénite par Tabbé de Lestrange, et la maison confiée au gouvernement de M"** de Portes, qui y fut envoyée dans le printemps suivant. M""" Barat lui dit en la nommant supérieure : « Souvenez-vous, ma chère Laure, que c'est l'cêuvre de la sainte Vierge que vous allez faire là; vous commencerez donc par aller entendre trois messes à Fourvières , en l'honneur de Notre-Dame, et vous lui renouvellerez la consécration que je lui ai faite dé cette maison, qui est la sienne. »

M""^ Barat eût bien voulu suspendre maintenant le cours de ses fondations : « Il faut nous arrêter quelques années, écrivait- elle à M""® Duchesne, et tâcher, dans cet intervalle, de nous sanctifier, afin de nous préparer ainsi à remplir les desseins du Seigneur. » Elle ne le pouvait plus.

Dans ce même printemps de 1819, le 2o avril, dimanche du Bon -Pasteur, une lettre de M^' d'Aviau lui proposa un établissement à Bordeaux. Il lui faisait connaître les religieux projets d'une sainte femme de cette ville. M"'" de Lalanne, et il lui disait: « l{endez-vous. Madame, à son pieux em[>ressement; je le partage désormais. Si elle craint de mourir sans avoir consolidé son intéressante institution, combien plus, vieux comme je suis, et touchant à la caducité, n'ai-je pas lieu de craindre de mourir sans avoir procuré à mon diocèse les avantages qu'il avait à espérer de votre sainte compagnie ' ! »

La mère Barat connaissait déjà M"'"" de Lalanne. Celle femme, qu'une grande foi poussait, à plus de soixante ans, dans l'asile du Sacré-Coi'ur, était de son non» Ca-

' I?onlcaiix, 2.'i avril. Aul'^iir.

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